Les frontières de la violence: "Quand j'ai résisté pour entrer dans la petite chambre noire, ils ont commencé à me frapper..."

 

Au commissariat de Bni Mkada,Tangier. Source: activist

Introduction

Depuis août/septembre 2018, nous assistons à un aggravement constant de la situation des voyageurs en transit sur la Méditerranée occidentale. La violence et la menace de détention sont une réalité constante pour les voyageurs subsahariens. Le titre est tiré du témoignage d’un membre de l’AP qui a été arrêté et battu à Tanger. Une autre camarade a été témoin de l’assaut (voir ci-dessous). Son expérience n’est qu’un exemple parmi d’autres de la violence policière et de la répression arbitraire illégale au Maroc. Il ne s’agit pas d’un malheureux, puisque ce n’est pas un cas isolé, mais plutôt un dénominateur commun aux structures violentes imposées par l’État marocain à la demande de l’Union européenne. Nous ne cesserons pas de rendre visible et de dénoncer cette violence structurelle!

Non seulement les raids et les arrestations violentes et arbitraires de Noirs se poursuivent à grande échelle, mais le passage maritime entre le Maroc et l’Espagne est devenu plus dangereux depuis que de nouvelles directives politiques de sauvetage en mer ont été mises en œuvre par le Salvamento Maritimo, l’autorité espagnole de sauvetage.

Ce rapport tente de donner un aperçu des principaux développements au Maroc en tant que pays de transit et pays d’origine. Il tente également de résumer les développements politiques du régime frontalier en Méditerranée occidentale.

Chiffres clés et conclusions

Au total, 7 465 voyageurs sont arrivés sur les côtes espagnoles par bateau entre le 1er janvier et le 15 mai de cette année. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, c’est 24,2 % de plus qu’au cours de la même période en 2018. [1] Nous constatons une forte baisse des arrivées de janvier (4612 arrivées) à février (1.366) et mars (seulement 995 arrivées), une évolution que le ministre espagnol de l’Intérieur, Grande-Marlaska, a souligné à diverses occasions en décrivant ses efforts pour contrecarrer l’immigration. Les chiffres ont de nouveau augmenté en avril (1 539) et en mai (1,992 jusqu’au 26 mai).[2]

Arrivées maritimes et terrestres en Espagne en 2019. Source UNHCR // https://data2.unhcr.org/en/country/esp

 

Les arrivées dans les enclaves de Ceuta et Melilla ont diminué par rapport à la même période en 2018, alors que les routes maritimes ont connu une hausse de plus de 27 %. La route maritime qui a connu la plus forte croissance est la route vers les îles Canaries. 351 personnes sont arrivées sur les îlots depuis le début de l’année, soit 234,3% de plus qu’à la même période en 2018, où seulement 105 voyageurs avaient réussi à atteindre les Canaries. [3]

Lieu d’arrivée en Espagne en 2019, sur terre et en mer.
Source: UNHCR // https://data2.unhcr.org/en/country/esp

 

Au cours de la période couverte par le présent rapport, le téléphone d’alarme a travaillé sur 26 situations de détresse en Méditerranée occidentale. 21 bateaux ont été renvoyés au Maroc et 5 en Espagne. Voir les rapports de cas ici.

Source: Watch the Med Alarm Phone // http://watchthemed.net/

Au cours des périodes du rapport précédent, environ 50% des bateaux avec lesquels AP était en contact ont réussi à atteindre l’Espagne, alors que pendant cette dernière période, le chiffre était plus proche de 20%. Cela illustre la nouvelle réalité de la Méditerranée occidentale. Lors d’une conférence de presse le 23 mai, le gouvernement marocain a souligné ses efforts pour freiner la migration irrégulière. Le porte-parole marocain, le ministre Mustafa Jalifi, a annoncé que le Maroc avait déjoué plus de 30 000 tentatives d’émigration vers l’Espagne depuis le début de l’année. [4] Ce chiffre ne peut être confirmé et ne donne pas une image précise du nombre de personnes en transit en Méditerranée occidentale, de nombreux voyageurs ayant été interceptés plusieurs fois et ayant donc été comptés plusieurs fois, mais ce chiffre élevé donné pour les interceptions correspond aux expériences sur place. Rien que les 25 et 26 mai, la Marine Royale a intercepté 249 voyageurs, selon ce que des ” sources militaires ” ont dit à MAP, l’Agence de presse marocaine.[5]

Alors qu’il se vantait des chiffres d’interception actuels, Jalfi a salué les efforts du Maroc pour mobiliser les ressources humaines et financières pour les opérations.[6] Il y a 7 mois, un versement unique de 140 millions d’euros au Maroc avait été convenu, mais les fonds n’ont pas encore été transférés dans leur intégralité. Les paroles de Jalfi étaient une indication claire, adressée à l’Espagne et à l’Union européenne, pour assurer le “paiement” de son chien de garde à la frontière sud-ouest de l’UE. Probablement en réponse, les politiciens espagnols ont à nouveau demandé à la Commission européenne de renforcer les flux financiers vers le Maroc, proposant des financements fixés pour plusieurs années qui s’élèveraient à 50 millions d’euros par an.[7] Néanmoins, il est important de ne pas seulement réduire les intérêts du Royaume du Maroc aux avantages financiers de la coopération avec l’UE en matière de politique migratoire. L’enjeu est beaucoup plus important, la composante économique et politique se situe autour du Sahara Occidental et les politiques marocaines en matière de ” sécurité et de terrorisme ” sont également une préoccupation majeure pour le Maroc au niveau international et au sein de l’Union africaine (UA). Pour le Maroc, il s’agit aussi de possibilités de mobilité pour sa propre population et donc de positions fortes dans le contexte international.

La répression et la détention en cours au Maroc: témoignages

Non seulement dans les centres de transit de Nador et Tanger, mais aussi dans les villes situées beaucoup plus loin à l’intérieur des terres et loin des frontières maritimes ou terrestres de l’Union européenne, les personnes noires continuent de subir la répression, la détention, le refoulement et la peur constante d’être expulsées ou déportées vers leur pays d’origine. Au cours de la période couverte par le présent rapport, nous avons continuellement recueilli des informations sur les opérations de police dans plusieurs villes marocaines, notamment Rabat, Fès, Oujda et Agadir.

Dans les forêts autour de Nador, les opérations de police se sont intensifiées au cours des mois de mars et d’avril, les militaires attaquant chaque nuit les camps de fortune des voyageurs, laissant à peine dormir les gens. Nador elle-même est comme une ville dont les Subsahariens, avec ou sans permis de séjour, sont interdits. Depuis le début du Ramadan, cependant, les contacts locaux ont noté que la situation s’était calmée et, dans l’ensemble, seules les personnes appréhendées en mer ou lors de tentatives pour sauter la clôture de Melilla ont été arrêtées et refoulées. Il reste à voir comment les opérations de police se poursuivront après la fin du Ramadan.

Fin mars, les détenus sénégalais ont réussi à documenter leur situation et à publier une vidéo depuis la cellule où ils avaient été détenus dans des conditions dégoûtantes pendant au moins deux semaines. Ils ont décidé d’entamer une grève de la faim appelant les autorités sénégalaises à agir pour mettre fin à leur détention. Nous n’avons pas pu en savoir plus sur ce qui leur est finalement arrivé, mais la vidéo est une documentation cruciale sur les circonstances dans lesquelles les voyageurs subsahariens doivent endurer leur détention arbitraire. Voir la vidéo ici.

Le dimanche 19 mai, un membre de l’AP a été arrêté à Tanger lors d’une descente de police dans un quartier résidentiel. Il se trouvait dans un appartement avec plusieurs personnes, dont deux enfants, leur maman et une femme qui venait d’accoucher. La police a arrêté tout le monde sauf la nouvelle mère et les enfants. Ils ont aussi pris la mère des deux enfants et les ont ainsi séparés. Notre camarade a également été séparé de la mère. Il rapporte qu’il a été emmené dans un commissariat en dehors de la ville, où il a rencontré d’autres détenus qui attendaient dans le commissariat depuis 10 jours de savoir ce qui allait leur arriver. Notre camarade a finalement été menotté et refoulé dans un petit village près de Rabat, d’où il a pu retourner à Tanger. Il est de retour à l’appartement où les enfants et la femme qui venait d’accoucher luttent encore, sans soutien, avec les défis de la vie quotidienne d’une personne noire à Tanger. Aucune autre personne arrêtée dans l’appartement n’était revenue, même la mère des enfants était toujours portée disparue jusqu’à la publication de ce rapport.

Un autre témoignage de deux membres de l’AP montre également l’ampleur de la violence que les détenus doivent endurer pendant leur détention :

Le mardi 21 mai, deux membres de Alarm Phone ont été arrêtées dans les rues de Tanger alors qu’elles achetaient de la nourriture. Les deux ont un statut juridique régulier au Maroc. Les agents n’en ont pas tenu compte. Les deux femmes, dont l’une est enceinte de 5 mois, ont été violemment forcées, malgré leurs protestations, à monter dans l’un des nombreux bus que la police marocaine avait placés dans l’une des plus grandes rues du centre de Tanger dans le but exprès de ” collecter ” les personnes noires dans les rues. Nos camarades ont été amenées au commissariat. Lorsque l’une d’elle a résisté à l’entrée d’une ” petite pièce sale et très sombre “, plusieurs policiers ont commencé à la battre. Quand ils ont surpris notre autre membre en train de filmer cette violence avec son téléphone, ils l’ont battue elle aussi et ont confisqué le téléphone. Les deux femmes ont été blessées et les policiers ont appelé une ambulance qui les a transportées à l’hôpital d’où elles ont finalement réussi à s’échapper.

Ce ne sont pas seulement directement les autorités qui constituent une menace constante pour les voyageurs subsahariens, selon les contacts locaux, la violence à motivation raciste a de nouveau augmenté de manière significative pendant le mois du ramadan. Un grand nombre d’incidents ont été signalés dans lesquels des personnes noires ont été attaquées et gravement blessées.

Ce cas, où deux hommes ont dû être hospitalisés après avoir été attaqués à Boukhalef, Tanger, est typique:

Aggressions violents à Boukhalef, Tanger. [8] Source: activiste

Le 25 mai, un groupe de 7 personnes, dont 3 femmes, ont témoigné devant AP Tanger qu’elles avaient été attaquées, les femmes violées et une femme blessée avec un couteau. Les agresseurs ont pris tous leurs biens, téléphones et argent. Personne n’est intervenu.

Nos contacts suggèrent que ce genre d’attaques sont non seulement tolérées mais même encouragées par la police locale afin de dissuader les gens de rester à Tanger, l’un des centres de migration les plus tendus du Maroc.

Face au fait que des milliers de personnes migrantes, sans distinction de sexe, d’âge ou de santé, sont littéralement envoyées régulièrement dans le désert du sud du Maroc, nous dénonçons fortement les forces marocaines qui déchirent les familles et laissent les personnes vulnérables dans des situations extrêmement précaires en détruisant leurs réseaux sociaux. Les refoulements sont une politique de dissuasion dégoûtante. Il s’agit d’une tentative pour contrecarrer la poursuite de la migration pour celles et ceux qui n’ont pas d’endroit où ils peuvent ” retourner “. Ca ne crée que des souffrances constantes pour les personnes concernées ! La violence arbitraire des officiers et leurs pratiques, qui violent a répétition la loi marocaine elle-même pendant les détentions, sont largement connues, bien documentées, et jamais contestées mais plutôt ” supervisées ” par des fonctionnaires européens. Cette brutalité des rafles policières dans le nord dépend fortement de l’influence de l’Europe qui demande au Maroc de s’attaquer aux questions migratoires.

Nous continuerons de recueillir, de visualiser et de dénoncer la violence structurelle et continue, ignorée, tolérée et même envisagée et exécutée par les agents du régime frontalier.

Néanmoins, au Maroc, il ne s’agit pas simplement d’un discours en faveur d’une simple rhétorique anti-migrés. Au contraire, les déportations et les déplacements, les raids brutaux de la police, qui finissent par imposer une politique anti-migrant, s’épanouissent dans un contexte marocain schizophrène de la politique migratoire. En même temps que se déroulent des campagnes de légalisation, la Stratégie Nationale d’Immigration (SNIA) du gouvernement marocain conduit à la déclaration d’être un pays d’immigration. Les acteurs internationaux font également la promotion de leurs programmes d’aide humanitaire ou d’intégration pour les personnes en déplacement. On pourrait conclure que la pratique brutale de l’anti-migrant se cache et se légitime dans un discours humanitaire.

Situation à la frontière terrestre: Les colonies espagnoles Melilla et Ceuta

Boza en Melilla

Le 12 mai, 52 personnes ont réussi à franchir les barrières de Melilla et à entrer en Espagne. Une centaine de personnes avaient pris d’assaut collectivement la barrière, mais près de la moitié du groupe a été intercepté ou repoussé au Maroc par la Guardia Civil espagnole et les “Forces auxiliaires” marocaines. Il s’agissait du premier saut collectif réussi des barrières à Melilla depuis octobre 2018. L’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH), basée à Nador, a dénoncé le refoulement d’au moins 20 personnes du territoire espagnol.[9] Ces pratiques, dites ” devoluciones en caliente ” (refoulement a chaud), ont été condamnées par la Cour de Strasbourg (dans un jugement du 3 octobre 2017[10]) ) mais sont toujours appliquées par les autorités espagnoles.[11] Il est intéressant de constater que même l’Asociación Unificada de Guardias Civiles (AUGC) affirme que ” les refoulements à chaud ne sont pas conformes à la loi puisque le territoire national commence une fois que l’immigrant traverse la barrière “.[12]

Tous les personnes en transit qui avaient réussi à s’échapper de la police des frontières ont immédiatement demandé l’asile, craignant probablement d’être expulsées en masse vers le Maroc. C’est exactement ce qui est arrivé à un groupe de 116 personnes qui sont arrivées avec succès à Ceuta le 22 août 2018.[13]

Le parti de droite espagnol VOX, tente actuellement de poursuivre en justice les 52 personnes en transit qui ont atteint Melilla et qui sont détenues dans le centre d’accueil, le CETI, depuis leur arrivée. Le secrétaire adjoint légal de Vox à Melilla, Felipe Castillo, a annoncé le vendredi 17 mai, lors d’une conférence de presse, le dépôt d’une plainte pénale demandant l’identification des 52 personnes migrants, leur détention et leur poursuite pour organisation criminelle et trouble à l’ordre public, entre autres charges.[14] Compte tenu de la pratique illégale de refoulement appliquée une fois encore par la Guardia Civil pendant le saut, il est encore plus paradoxal de poursuivre les personnes en transit pour le simple fait d’avoir exercé leur droit à une protection.

Le ” piège anti-migrant ” à Ceuta

Sous la barrière marocaine construite autour de Ceuta avec des fonds de l’UE, il y a un ravin artificiel et, 50 mètres plus loin, avant d’atteindre la double barrière espagnole, il y a un fossé de deux mètres qui, selon les rumeurs, devait à l’origine être rempli de fil barbelé de Concertina. Les ONG l’appellent déjà le “trampa anti-migrantes” (“piège anti-migrant.e.s”).[15]

Au port de Ceuta, la fortification se poursuit également : d’ici la fin de l’année, le port sera complètement à l’abri des pressions migratoires. Un mur de plus de 4 mètres de haut sera construit, dont l’objectif principal sera de bloquer les personnes en transit qui tentent de s’embarquer en direction d’Algeciras afin de s’évader de leur prison à ciel ouvert de Ceuta. L’entrée du port sera dotée d’un système à double porte où la deuxième porte n’est ouverte qu’après la fermeture de la première, comme un système d’écluses. Le coût total s’élève à 2,7 millions d’euros [16] Jusqu’à ce que la fortification soit achevée, la Guardia Civil et la Police Nationale continuent de contrôler la zone portuaire. Le 18 mai, la Guardia Civil a lancé une opération majeure dans le port, arrêtant environ 80 personnes en transit d’origine marocaine, dont 28 mineurs. 19 d’entre eux avaient déjà été enregistrés au centre de mineurs “La Esperanza de Hadù” mais s’étaient enfuis de là pour tenter de rejoindre l’Espagne continentale. Les personnes adultes ont été transférées à la police nationale et seront expulsées vers le Maroc via Tarajal.[17]

Salvamento et évolution du sauvetage en mer

En été, on peut s’attendre à une augmentation des arrivées de personnes en transit qui risquent leur vie lors des traversées maritimes vers l’Espagne. Salvamento Marítimo fait face à cette perspective avec des réductions salariales dans ses équipements aériens – sous-traités par une société britannique -, des grèves déclenchées par ses travailleur.es, des plaintes pour insuffisance d’équipages dans les canots de secours et la longue panne des radars qui facilite la recherche des personnes en danger en mer.[18]

Selon plusieurs informations, le gouvernement espagnol a une fois de plus augmenté la pression sur l’organisation espagnole de sauvetage en mer, Salvamento Maritimo (SM). Malgré l’augmentation probable des tentatives de traversée de la Méditerranée occidentale au cours des prochains mois en raison de l’amélioration des conditions météorologiques, le personnel SM a été réduit et le personnel restant sera obligé de travailler encore plus. Ces réductions ont été qualifiées de ” brutales ” par la CGT, le syndicat espagnol, et de ” stratégie politique ” visant à réduire l’arrivée de personnes migrantes en Espagne.[19]

Ismael Furió, collaborateur de longue date de Salvamento Marítimo et aujourd’hui secrétaire de l’organisation du Secteur Mer et Ports de la CGT, a donné de nombreuses interviews dénonçant la dégradation des conditions de travail du personnel de Salvamento : Auparavant, chaque unité de sauvetage était conduite par trois équipes de veille différentes. Actuellement, il n’y a que 2 équipages par bateau, ce qui signifie que les équipes doivent faire trois veilles de 24 heures d’affilées, ce qui est insupportable.[20] En mai, mais déjà tout au long de l’année, les pilotes de Salvamento étaient également en grève pour améliorer leurs conditions de travail.[21] [22]

Patricia Simon, journaliste de ” La Marea ” spécialisée dans le domaine de la migration, parle d’une nouvelle directive du gouvernement espagnol à Salvamento, déclarant que, dans certains cas, SM ne devrait pas sauver les personnes en détresse, mais simplement surveiller la situation en attendant que la Marine Royale du Maroc arrive. Cette directive couvre également les cas de détresse dans la zone espagnole. Simon ajoute que cette pratique est maintenant mise en place dans toutes les zones côtières andalouses.[23]

Cela signifie que les “déportations à chaud” (“devoluciones calientes”), qui se déroulent depuis des années aux frontières terrestres des colonies espagnoles de Ceuta et Melilla, sont maintenant aussi une réalité en mer.

Ismael Furió révèle également que dans le cas de l’unité de Tarifa, l’une des plus actives se situant dans le détroit de Gibraltar, ” l’ordre est de garder le bateau[en détresse] d’un côté jusqu’à son enlèvement par la Garde côtière marocaine “[24] Selon la CGT, SM Tarifa avait dans plusieurs cas joué au ” chat et a la souris ” pendant des heures avec des bateaux trouvés dans le détroit de Gibraltar, jusqu’à l’arrivée et l’interception des personnes a bord.[25] Cette pratique est inacceptable et a été critiquée par plusieurs organisations espagnoles.

La dangereuse et douteuse collaboration entre les acteurs marocains et espagnols de la SAR a été illustrée de façon claire et dégoûtante le vendredi 17 mars, lorsque 7 personnes survivantes d’un naufrage en mer d’Alborán ont réussi à atteindre l’île espagnole de Perejil, historiquement contestée.[26] Après des heures de détresse en présence des moyens aériens et navals espagnols, elles ont finalement été renvoyées au Maroc. Les personnes ont rapporté à l’ONG Caminando Fronteras qu’un de leurs camarades était tombé à la mer alors qu’elles appelaient à l’aide. Même si la situation a été très dangereuse pour toutes ces personnes, SM n’est pas intervenu. Helena Maleno trouve les mots justes dans son tweet : “Vous êtes sur le point de vous noyer, les services de secours sont incapables de réagir. Vous arrivez sur une île par vos propres moyens, épuisées, traumatisées, votre compagnon est mort sous vos yeux. L’aide des autorités espagnoles ? pour prendre des photos de vous depuis un bateau.”

Source: Twitter // https://twitter.com/HelenaMaleno/status/1129348384882606080

 

Les circonstances et le cadre juridique dans lequel les personnes en transit ont été appréhendées par la marine marocaine ne sont pas clairs, car l’île est sous juridiction espagnole. Plus tard, Grande-Marlaska a déclaré que le retour des personnes au Maroc était légitime, faisant valoir qu’elles avaient été récupérées dans la zone de sauvetage partagée.[27][28]

Sous l’autorité de la Guardia Civil, la police militaire espagnole, SM est également obligé de débarquer les personnes migrantes secourues, non pas dans le port espagnol le plus proche, mais aux endroits où la Guardia Civil le lui demande – ce qui signifie souvent des distances plus longues et une souffrance prolongée pour les personnes secourues, ainsi qu’un vide en matière de sauvetage en absence des unités de SM.

Il est clair que ces nouvelles stratégies du gouvernement espagnol mettent davantage en danger la vie de celles et ceux qui fuient le Maroc et constituent des tentatives cyniques de blocage de la migration par tous les moyens disponibles.

Impacts mortels du régime frontalier: documentation des incidents

Jusqu’au 29 mai, 164 décès ont été enregistrés en Méditerranée occidentale dans le cadre du Projet Migrants Disparus[29]. Le nombre estimé de décès non enregistrés est certainement beaucoup plus élevé. En comparaison : tout au long de l’année 2018, 218 décès ont été documentés dans la même zone. Cela montre que le passage à l’Europe est de plus en plus dangereux pour les personnes en transit. Les chiffres ne concernent que les incidents en mer et ne tiennent pas compte des nombreuses pertes en vies humaines des personnes en transit sur le territoire marocain, pour la plupart sans papiers, mais aussi une conséquence directe du régime frontalier européen qui oblige les gentes à emprunter des routes migratoires dangereuses pour leur vie. Nous ne pouvons pas fournir une documentation exhaustive des décès dans la région de la Méditerranée occidentale, mais nous voulons rendre visibles les effets mortels de la politique frontalière. Ce qui suit est une liste d’incidents cruciaux mais typiques sur la traversée de la Méditerranée Occidentale.

Le 18 mars, la Marine royale marocaine a secouru un bateau transportant 56 personnes en mer d’Alboran, dont 3 morts.[30]

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Le 19 mars, un cadavre a été retrouvé au large de Melilla.[31]

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Le 22 mars, le corps d’une femme d’origine subsaharienne a été retrouvé sur la plage de Melilla.. [32]

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Le 26 mars, un corps a été échoué à Tarajal, Ceuta. Il n’a pas pu être identifié.[33]

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Le 1er avril, un homme est mort, soi-disant d’hypothermie, après avoir été sauvé d’un bateau en caoutchouc transportant au total 13 voyageurs. Il avait été transféré à Tarifa mais est mort peu après le débarquement. [34]

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Le 2 avril, un corps décomposé a été retrouvé par des pêcheurs et amené à Nador, au Maroc. [35]

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Le 22 avril, 4 voyageurs sont morts dans le naufrage d’un bateau transportant au total 13 passagers. Les 9 survivants avaient été recueillis par la marine marocaine et amenés à l’hôpital de Cassiago, au Maroc. [36]

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Le même jour, le 22 avril, les voyageurs signalent à Alarm Phone qu’un convoi a chaviré dans le détroit de Gibraltar avec 4 survivants seulement parmi un convoi de 8 personnes. Les circonstances ne sont pas claires.

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Le 26 avril, 18 voyageurs d’origine subsaharienne sont morts dans un accident de voiture près de Berkane, au Maroc, dont 17 hommes et une femme. 17 personnes blessées ont été transférées à l’hôpital.[37]

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Le 1er mai, une femme enceinte s’est noyée près du Cap Spartel, tandis que 4 survivants ont été secourus par la marine marocaine.[38]

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Le même jour, un autre naufrage a eu lieu. Les survivants ont témoigné a alarmphon que seulement 3 personnes ont été sauvées d’un bateau transportant 13 passagers au départ. [39]

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Le 2 mai, 4 voyageurs sont morts lorsque leur bateau a chaviré dans le détroit de Gibraltar après avoir passé plus d’une journée dans l’eau. Les 8 survivants ont été secourus par des pêcheurs.[40]

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Le 3 mai, le corps d’une femme âgée de 30 à 40 ans a été retrouvé sur la plage marocaine de Tétouan.[41]

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Samedi 4 mai, le corps d’un jeune sénégalais a été retrouvé à un mille du port d’Algeciras. L’homme a finalement été identifié par son frère. [42]

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Le 10 mai, deux corps ont été retrouvés sur la côte espagnole. Le corps d’une femme a échoué à Playa de Castilnovo, a Cadix, et celui d’un garçon a été retrouvé entre El Palmar et Mangueta. Les corps sont probablement liés à un naufrage survenu le 8 mai, lorsqu’une vague a fait chavirer un bateau en caoutchouc transportant 26 passagers et qu’une femme et un mineur ont disparu à la mer.

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Le 22 mai, trois femmes se sont noyées et 69 survivants ont été interceptés par la marine royale marocaine dans le détroit de Gibraltar.[43]

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Le 28 mai, une femme de Côte d’Ivoire a perdu la vie en tentant de rejoindre l’Espagne à bord d’un bateau transportant 12 passagers. Les 11 survivants ont été ramenés au Maroc. Le corps de la femme a été transporté à la morgue de Tanger, où elle a pu être identifiée.

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Le 29 mai, Helena Maleno signale la disparition de deux personnes dans un bateau de 7 passagers qui avait été secouru par Salvamento Maritimo.[44]

 

 

[1]https://eltorotv.com/noticias/espana/7-500-inmigrantes-llegan-a-espana-en-patera-en-lo-que-va-de-2019-un-242-mas-que-en-2018-20190521

[2] https://data2.unhcr.org/en/situations/mediterranean/location/5226 ).

[3]https://eltorotv.com/noticias/espana/7-500-inmigrantes-llegan-a-espana-en-patera-en-lo-que-va-de-2019-un-242-mas-que-en-2018-20190521

[4]https://elfarodeceuta.es/marruecos-afirma-aborto-30000-salidas-emigrantes-espana-2019/

[5]https://www.huffpostmaghreb.com/entry/migration-en-un-week-end-la-marine-royale-porte-secours-a-249-subsahariens-secourus_mg_5cec0b6be4b00356fc25cba5?ncid=other_facebook_eucluwzme5k&utm_campaign=share_facebook&fbclid=IwAR17YUOefMGTiNOtUWc1P7Fcve88JQ65YmC61h9IWbLyvDe4qG7MzOyOn9g

[6] https://elfarodeceuta.es/marruecos-afirma-aborto-30000-salidas-emigrantes-espana-2019/

[7] https://elpais.com/politica/2019/05/24/actualidad/1558721313_924409.html

[8] Les personnes sur les images ont confirmé de vouloir publier et dénoncer ce qui leur est arrivé.

[9] https://elpais.com/politica/2019/05/18/actualidad/1558181440_077467.html

[10] https://www.asylumineurope.org/news/03-10-2017/spain-collective-expulsion-condemned-strasbourg-court

[11] http://www.rtve.es/noticias/20190512/salto-valla-melilla/1935700.shtml

https://www.dw.com/en/migrants-force-entry-in-spains-melilla-exclave/a-48710227

https://www.elmundo.es/espana/2019/05/12/5cd7eb0cfdddff66868b45be.html

[12]http://www.ceutaldia.com/articulo/sucesos/augc-pide-marlaska-protocolo-claro-fronteras-ceuta-melilla/20190513174454200434.html

[13]https://www.diariosur.es/nacional/interior-deporta-marruecos-inmigrantes-entraron-ceuta-20180823150214-ntrc.html

[14] https://www.elmundo.es/espana/2019/05/17/5cdee865fc6c836c6d8b45c4.html

[15] https://www.elmundo.es/espana/2019/04/02/5ca2591e21efa0bc3a8b4695.html

[16] https://elfarodeceuta.es/muro-mas-4-metros-dobles-puertas-claves-blindar-puerto-ceuta/

[17] https://elfarodeceuta.es/redada-puerto-80-inmigrantes-interceptados/

[18]https://www.eldiario.es/desalambre/Salvamento-Maritimo-trabajadores-aereos-empresa_0_898710290.html

[19]https://www.europasur.es/campo-de-gibraltar/cgt-recorte-personal-salvamento-maritimo_0_1348965460.html

[20] http://salvamentomaritimo.org/noticias/entre-vista-a-nuestro-companero-ismael-furio/

[21] https://www.diariocordoba.com/noticias/sociedad/huelga-pilotos-salvamento-maritimo_1301806.html

[22]https://www.lavozdegalicia.es/noticia/maritima/2019/05/08/pilotos-helicopteros-salvamento-maritimo-huelga/00031557321986814898748.htm

[23] https://www.youtube.com/watch?v=JCxFa0jCe0I

[24] http://salvamentomaritimo.org/noticias/entre-vista-a-nuestro-companero-ismael-furio/

[25]http://salvamentomaritimo.org/noticias/nueva-formula-de-devolucion-en-caliente-salvamento-maritimo-custodia-pateras-para-que-las-rescate-marruecos/

[26] https://twitter.com/walkingborders/status/1129485032983277568

[27]https://www.eldiario.es/desalambre/Gobierno-supervivientes-naufragio-Perejil-Marruecos_0_900111052.html

[28]En 2014, un incident similaire a été documenté : 13 personnes sont arrivé*e*s sur l’île de Perejil et plusieurs soldats marocains sont entrés sur l’île pour les ramener au Maroc. A l’époque, le ministère espagnol de l’Intérieur avait justifié l’opération par l’existence d’un “accord verbal” adopté entre les deux Etats concernant les arrivées sur l’îlot espagnol.

[29] https://missingmigrants.iom.int/region/mediterranean?migrant_route%5B%5D=1378

[30] https://twitter.com/HelenaMaleno/status/1107542506781265920

[31]https://www.lavanguardia.com/vida/20190319/461132822302/hallan-en-la-costa-de-melilla-el-cadaver-de-joven-con-un-chaleco-salvavidas.html

[32] https://elfarodemelilla.es/hallan-horcas-coloradas-melilla-cadaver-mujer-segundo-3-dias/

[33]http://www.ceutaldia.com/articulo/sucesos/temporal-saca-fondo-mar-cadaver-tan-descompuesto-sabe-es-hombre-mujer/20190326201519197462.html

[34] https://www.europasur.es/tarifa/Tarifa-muere-migrante-Estrecho_0_1341766207.html

[35] https://www.facebook.com/AmdhNador/posts/2302608666618062

[36]https://www.eldiario.es/desalambre/personas-naufragios-marroqui-Caminando-Fronteras_0_894861067.html

[37] https://www.bladi.net/maroc-morts-clandestins-canal,55603.html

[38]https://www.eldiario.es/desalambre/personas-naufragios-marroqui-Caminando-Fronteras_0_894861067.html

[39] https://alarmphone.org/en/2019/05/06/witness-testimony-shipwreck-alarm-phone-migrants-morocco-spain/

[40]https://www.eldiario.es/desalambre/personas-naufragios-marroqui-Caminando-Fronteras_0_894861067.html

[41] https://elfarodeceuta.es/tragedia-migratoria-varias-personas-muertas-naufragio-embarcaciones/

[42]https://www.lavozdigital.es/cadiz/provincia/lvdi-21-anos-peluquera-senegal-identidad-cadaver-escupio-ayer-costa-cadiz-201905051517_noticia.html

[43]https://www.eldiario.es/desalambre/Mueren-mujeres-naufragio-patera-Estrecho_0_901860170.html#click=https://t.co/u0UsfYtJXX

[44]https://twitter.com/HelenaMaleno/status/1133831038461988865

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