Le 1er mars, Alarmphone a été contacté car un bateau était porté disparu depuis le 26 février. 29 personnes de différentes nationalités avaient quitté Alger pour tenter de rejoindre Palma de Majorque.
Deux bébés se trouvaient à bord.
Alarmphone a alerté les autorités et a tenté de joindre les personnes à bord, sans succès.
Le 12 mars, nous avons été contactés par l’une des personnes qui voyageait sur le bateau. Il se trouvait à Assamaka, au Niger. Il a déclaré faire partie des 18 survivants d’un naufrage provoqué par les forces navales algériennes.
Le naufrage a été provoqué par la marine algérienne. Ils sont venus nous intercepter, donc notre capitaine s’est arrêté. Ils sont restés à distance, puis notre capitaine a redémarré. À ce moment-là, ils ont aussi démarré derrière nous avec une grande vitesse. La vitesse de leur bateau a provoqué de fortes vagues, ce qui a fait couler notre embarcation. Après le naufrage, ils sont restés entre 10 et 15 minutes sans intervenir. Il faisait déjà un peu sombre, et c’est ce qui a causé des pertes humaines. Nous étions 27 personnes à bord, plus deux bébés. Au total, 18 personnes ont pu être sauvées.
Les corps des adultes n’ont pas été récupérés. Au lieu de cela, alors qu’un autre navire semblait s’approcher de la zone pour participer au sauvetage, les garde-côtes algériens ont quitté précipitamment les lieux du naufrage. Selon le témoin,
…lorsque les Algériens les ont vus, ils ont pris la fuite rapidement, sans doute pour éviter d’être filmés.
Après cette expérience traumatisante, les survivants ont été placés en détention.
Quand ils nous ont amenés au port, nous devions passer devant la justice. Leur chef est venu nous demander ce qui s’était passé, et nous lui avons expliqué que c’était les garde-côtes qui avaient causé le naufrage. Finalement, ils ne nous ont pas présentés à la justice, probablement parce qu’ils savaient déjà ce qui s’était passé. Ils nous ont directement conduits dans un centre de refoulement, où nous sommes restés environ quatre jours. Là-bas, ils ont aussi arrêté d’autres personnes dans le quartier. Ensuite, ils nous ont transférés à Assamaka, où chacun a pris son chemin.
Presque quotidiennement, de nombreuses personnes tentent de rejoindre les îles Baléares ou les côtes orientales de l’Espagne depuis différentes plages d’Algérie. De nombreux Algériens tentent de le faire, mais aussi des personnes originaires du Mali, de Somalie, de Guinée, du Cameroun, de Côte d’Ivoire,… qui se lancent dans des voyages longs et dangereux.
Beaucoup d’entre eux n’y parviennent pas.
L’interception peut entraîner des peines de prison. De plus, les personnes qui ne sont pas d’origine algérienne sont généralement refoulées vers le désert à la frontière entre l’Algérie et le Niger.
Beaucoup de ces personnes restent portées disparues, après des naufrages invisibles. Parfois, la mer prétend révéler la vérité en rejetant sur les plages algériennes les corps de certains de ceux qui ont perdu la vie. Les pêcheurs sont les témoins de cette tragédie. Il n’y a aucune volonté institutionnelle d’identifier et de rapatrier ces corps, ni de permettre aux familles en deuil d’accepter leur perte.
Malgré le danger, les gens ne cessent de partir. Les politiques frontalières tuent chaque jour de nombreuses personnes en les empêchant de demander un passage sûr vers la destination de leur choix. Nous ne cesserons de revendiquer jusqu’à ce que la liberté de circulation soit reconnue pour tous.