Visas pour tout·e·s ou visas pour personne !

Source : Alarm Phone

1. Introduction

Le titre de ce rapport régional reprend un slogan que nous scandons souvent lors de nos rencontres au sein du réseau Alarm Phone : « Visas pour toustes, ou visas pour personne ! Pour toustes les migrantEs du monde entier ! RESISTENCIA ! » Dans cette formule « pour toustes ou pour personne » c’est l’égalité des droits qui est évoquée. Or, ce que produit le régime des visas, c’est bien un accès différencié et raciste à la liberté de circulation.

La plupart du temps, notre activité militante nous incite à dénoncer le régime des frontières dans ses manifestations les plus violentes : les milliers de mort·es et de disparitions, la militarisation, la répression, la criminalisation, etc. comme dans notre précédent rapport qui analysait les technologies employées pour empêcher la libre circulation des personnes. Or, le racisme, les discriminations, les humiliations et l’exploitation commencent bien avant de franchir physiquement la frontière :  cela peut se passer face à la porte d’un consulat, à une pile de documents ou à un courriel ayant pour objet : REFUS DE VISA. C’est parce que la violence administrative est une autre réalité des frontières que nous avons décidé de dresser un état des lieux du régime des visas et de son histoire, pour cette analyse régionale qui couvre la période de septembre 2025 à février 2026.

Le passeport, premier outil de contrôle des frontières

Le tout premier obstacle à la liberté de circulation est l’obligation de détenir un passeport. Ainsi, avant de se pencher sur la question spécifique des visas, et de leur histoire, il convient de revenir sur celle du passeport et sur le concept de nationalité qu’il véhicule.

Dans son ouvrage Indian Migration and Empire: A Colonial Genealogy of the Modern State, la chercheuse Radhika Mongia explique :

« […] le passeport n’est pas seulement un document nécessaire aux voyages internationaux, mais aussi un instrument qui facilite ces déplacements ; son histoire révèle qu’il est né d’une tentative visant à restreindre les mouvements selon des frontières nationales explicitement fondées sur la race. »

Pour cette chercheuse,

« l’histoire du passeport moderne est une histoire du racisme du XXe siècle et une histoire de la naturalisation des limites territoriales d’un espace national comme lieu de résidence légitime et évident de certaines personnes. »

Le passeport moderne serait donc finalement un document

« qui a effectivement naturalisé la “règle de la différence coloniale“ en ce que l’on pourrait appeler la “règle de la différence postcoloniale“, où le marqueur de la différence n’est pas la “race“, mais la catégorie “universelle“ de la “nationalité“. Il n’est donc pas surprenant qu’aujourd’hui, différentes “nationalités“ aient un accès différencié à la mobilité. »

Suite à l’implantation du système des passeport, cet accès différencié à la mobilité se matérialise par l’obligation, selon sa nationalité, de disposer d’un visa pour entrer légalement dans un pays. Le site Internet Passportindex.org, destiné aux riches investisseurs du monde, établit un classement des passeports. Chaque passeport se voit attribuer un « score de mobilité » en fonction du nombre de pays auxquels il donne accès sans visas. Le site propose des conseils tels qu’« acheter une résidence secondaire » dans les pays ayant les meilleurs scores afin d’en obtenir la nationalité. Sans surprise, selon ce classement, les personnes dont le passeport est émis par un État membre de l’Union Européennes peuvent se déplacer sans visa dans environ 190 pays. Pour les personnes dont la nationalité provient de pays africains, la situation est bien différente : une personne ayant la nationalité marocaine ne peut se rendre sans visa que dans 71 pays. Une Sénégalaise ou un Mauritanien n’ont la possibilité de voyager que dans 54 pays du monde, dont aucun d’entre eux ne se trouve en Europe ni même en Occident. Pour une personne de nationalité somalienne, seuls 30 pays sont accessibles sans visa.

Histoire du régime des visas

« L’histoire des visas et le régime actuel en matière de visas sont indissociables du développement du système des États-nations et, par conséquent, des passeports et des contrôles aux frontières. Le régime actuel en matière de visas est en quelque sorte un outil spécifique mis en place en réponse aux personnes issues des pays du Sud qui exercent principalement leur droit à la liberté de circulation et migrent vers les pays du Nord. Le régime des visas a commencé à se développer dans les années 1970, en réponse à ce mouvement de migration des populations du Sud vers le Nord, qui, une fois arrivées, ne pouvaient être renvoyées dans leur pays d’origine en vertu de la Convention sur les réfugiés et des lois internationales que ces États du Nord avaient eux-mêmes rédigées. […] Les visas constituent en quelque sorte une première barrière et l’un des premiers outils qui externalisent les frontières de l’Europe vers les pays extérieurs. » (Source : Entretien avec un camarade d’Alarm Phone dans l’épisode 37 du Podcast Chroniques à mer).

En tant que réseau de solidarité actif au Nord et au Sud, Alarm Phone fait l’expérience au quotidien de la barrière des visas. Au sein de notre collectif, les difficultés d’obtention de visas par nos camarades provenant d’Afrique conditionnent nos lieux et nos possibilités de rencontres. Mais surtout, nous sommes, pour certain·es les témoins, pour d’autres les victimes directes des violences produites par les frontières lorsqu’une personne décide de les franchir sans cette feuille de papier.

Les refus de visas, discrimination envers les personnes africaines         

Alors que s’accumulent les traités et autres rapports officiels de l’UE et de ses pays membres sur les « migrations sures, légales et ordonnées » (tout en (in)sécurisant la frontière, voir notre dernier rapport), ces mêmes pays refusent d’octroyer des visas aux personnes provenant d’Afrique dans des proportions considérables et les frais de demande ne leur sont pas remboursés.

Contrairement aux personnes qui possèdent un passeport européen, pour qui une demande de visa est une simple formalité qui a toutes les chances d’obtenir une réponse favorable, il n’existe pas, pour les ressortissant·es de nombreux pays africains, de visa touristique au sens où ce terme est vécu par un·e Européen·ne. Le visa Schengen de court séjour exige de prouver simultanément des ressources financières suffisantes, un emploi stable, des attaches familiales et patrimoniales solides, un billet aller-retour réservé et un hébergement confirmé. Par ailleurs, les taux de refus de visa par les ambassades des pays membres de l’UE situées en Afrique sont très élevés et ont considérablement augmenté ces dernières années. Un article publié sur le site Afrique XXI en avril 2025 et intitulé « Visa Schengen et discrimination » analyse la publication d’une étude :

« En 2022, 30 % des demandes africaines de visa Schengen ont été rejetées par l’UE, contre 18 % en 2014. Ce chiffre est nettement plus élevé que le taux de rejet global [en UE] de 17,5 %. Certaines des plus grandes économies africaines, notamment l’Algérie et le Nigeria, affichent des taux de rejet des demandes de visa Schengen compris entre 40 et 50 %. […]  Le prix avancé pour le visa n’est jamais remboursé (90 euros), même en cas de refus. La chercheuse ajoute que les fins de non-recevoir sont rarement motivées et souvent adressées à la dernière minute, empêchant les demandeurs de se faire rembourser billet d’avion (aller-retour) et hébergement, deux des principales conditions exigées pour obtenir le sésame. »

Ces chiffres ne tiennent pas compte de la sélection invisible de toutes les personnes qui n’ont jamais pu constituer un dossier recevable. Ils ne permettent pas de prendre en compte toutes les demandes de visas qui n’aboutissent pas au vu de la difficulté que représente déjà le simple fait de déposer une demande (coût, nécessité d’obtenir une invitation, inexistence de visas touristiques…). Les taux de refus sont ceux d’une population déjà triée en amont par la précarité. Autrement dit, le vrai taux d’exclusion n’est pas mesurable.

En cas de refus, un recours est possible, dans un délai allant entre 15 et 30 jours selon le pays. Les frais dépendent fortement du pays membre de l’UE concerné et du type de recours (administratif ou contentieux). La procédure est en théorie gratuite pour la France et l’Espagne, par exemple, mais des frais substantiels peuvent s’appliquer dans d’autres pays, comme la Suisse, qui demande 200 CHF soit presque 217€ pour un recours. À ces coûts officiels s’ajoutent des frais difficilement quantifiables (honoraires d’avocat, frais de traduction, etc.)

Le « risque migratoire » comme  critère d’évaluation

Dans le cadre du code communautaire des visas, les autorités consulaires disposent d’un large pouvoir pour évaluer l’intention de la personne demandeuse de visa de retourner dans son pays d’origine à l’issue de son séjour. Cette évaluation repose sur des preuves à fournir concernant la stabilité socio-économique, l’emploi, les moyens financiers, les propriétés, etc. En pratique, ce critère dit de « risque migratoire » fonctionne comme un filtre structurel qui pénalise les ressortissant·es des pays les plus pauvres, indépendamment de la solidité individuelle des dossiers présentés. Or, pour le chercheur Mehari Taddele Maru, spécialisé sur les questions de migration, ce système d’évaluation

« favorise potentiellement une discrimination basée sur la nationalité et des facteurs géographiques. Dans le régime des visas Schengen, la preuve de l’intention de retourner dans son pays d’origine est souvent liée au statut économique des demandeurs et à leur  nationalité. Avec un concept aussi élastique, le régime des visas Schengen permet aux fonctionnaires de l’immigration des pays du Sud de filtrer les demandeurs de visa en fonction de leur situation économique et de leur pays d’origine. Or d’après mes recherches, rien ne permet d’affirmer qu’un taux de rejet plus élevé entraîne une diminution de la migration irrégulière ou des dépassements de durée de validité des visas. Les résultats mettent en évidence des politiques de visa qui affectent de manière disproportionnée les Africains cherchant à se rendre en Europe. »

La légitimité de ce critère d’évaluation est donc à remettre en question, non seulement pour son inefficacité quant à l’objectif recherché, mais pour son caractère structurellement discriminatoire et fondamentalement arbitraire et raciste.

Un business lucratif pour l’UE

Visa de court séjour pour l’Europe : les coûts d’un refus en 2023 et 2024. Source : collectif Lago

Selon une autre étude menée par le collectif LAGO, en 2023, les demandes de visas refusées ont rapporté 130 millions d’euros aux Ministères des Affaires Étrangères de l’UE. Face à une telle somme, Foresti, la chercheuse à la tête de cette étude, affirme qu’:

« on peut considérer les coûts des visas refusés comme des “transferts de fonds inversés”, c’est-à-dire de l’argent qui circule des pays pauvres vers les pays riches. Nous n’entendons   jamais parler de ces coûts lorsque nous discutons de l’aide ou de l’immigration, il est temps que cela change. »

Le terme « transfert de fonds inversé » résume à lui seul la violence économique du système : pendant que l’UE communique abondamment sur son aide publique au développement à destination de l’Afrique, elle prélève discrètement, et sans recours possible, des dizaines de millions d’euros directement aux personnes les plus précaires du continent.

« Les ressources des pauvres sont envoyées en Europe et en contrepartie on leur dit “vous n’êtes pas éligible”. On est pas éligibles pour quoi ? Notre argent est éligible pour financer le fonctionnement des institutions européennes mais ce sont nos personnes qui ne sont pas éligibles. Si c’est le cas, de la même manière qu’on nous a fait dépenser, il faudrait qu’on nous ramène aussi ces sous là. » (Témoignage d’un camarade d’AP Sahara, octobre 2024)

Par ailleurs, ces chiffres ne sont que la partie visible d’un système dont la rentabilité repose précisément sur son opacité.

Corruption et externalisation

L’argent généré par le « business » des visas ne s’arrête pas aux bénéfices obtenus par les Ministères des Affaires Étrangères de l’UE de manière officielle. De nombreux cas de corruption au sein même des services consulaires ont été mis en lumière par des enquêtes journalistiques et des rapports institutionnels.

Un rapport issu d’une enquête réalisée par la Commission Finances du Sénat français, daté de 2007, affirmait que :

« Pas un consulat visité n’a été épargné par des cas de corruption d’agents, en relation avec la demande de visas. »

La corruption est d’ailleurs l’un des arguments avancés, en plus de celui de l’« optimisation des services » pour justifier le recours à des prestataires privés. L’ensemble des États européens ont progressivement externalisé la gestion des demandes à des entreprises privées comme VFS Global, TLS Contact ou BLS International, chargées de la collecte des dossiers, de la prise de rendez-vous et des données biométriques, tandis que la décision finale reste du ressort des consulats. Selon un autre rapport du Sénat français (2015), cette externalisation s’est généralisée pour faire face à l’augmentation des demandes et les arguments en sa faveur reposent sur une logique d’efficacité. Il en est de même pour l’Espagne, pour qui l’externalisation permettrait d’élargir le réseau consulaire sans multiplier les dépenses en personnel diplomatique et d’offrir des services complémentaires tels que la biométrie mobile ou la prise de rendez-vous en ligne.

Toutefois, comme le soulignent de nombreuses enquêtes journalistiques tant pour la France que pour l’Espagne, cette transformation n’a pas fait disparaître les dysfonctionnements. Au contraire, elle a plutôt déplacé certaines pratiques frauduleuses vers ces nouveaux intermédiaires : revente de rendez-vous, augmentation des coûts et une plus grande opacité du système, contribuant à une marchandisation accrue de l’accès aux visas.

Le cas de BLS International Services, unique prestataire de service pour les demandes de visas pour l’Espagne, est particulièrement édifiant. Depuis 2016, le ministère espagnol des Affaires étrangères a délégué la réception et le traitement initial des demandes de visa à cette société privée indienne. Dès l’attribution du contrat initial, la décision a coïncidé avec des révélations dans la presse indienne impliquant l’entreprise dans un scandale de trafic illégal de données personnelles touchant des politiques et des diplomates. Le processus d’appel d’offre lui-même avait été jugé défaillant par l’ONG de lutte contre la corruption Transparencia Internacional. Sur le terrain, notamment à Tanger et à Nador, l’externalisation a amplifié les dysfonctionnements plutôt qu’elle ne les a résorbés : des réseaux organisés monopolisent les créneaux de rendez-vous pour les revendre à prix fort, tandis que des demandeureuses peuvent débourser jusqu’à 15 000 euros pour obtenir un visa. Malgré les scandales, les condamnations et les alertes répétées, BLS demeure à ce jour le prestataire exclusif pour les visas espagnols dans de nombreux pays.

Ce qui prétendait être un remède à la corruption consulaire en est ainsi venu reproduire, sous d’autres formes et avec de nouveaux acteurs, la même logique de prédation, avec la bénédiction des États.

Chantage diplomatique

Les refus de visas servent également à exercer une pression sur les États qui refusent de rapatrier leurs ressortissant·es en situation irrégulière. L’appel du site Citoyens des deux rives publié le 14 septembre 2022 intitulé « La Politique des visas : discrimination et injustice » et signé par 115 organisations dénonce des procédures « extrêmement coûteuses et sans remboursement en cas de refus » et « des mesures discriminatoires insupportables. » mais également un chantage diplomatique. Un article de la Cimade sur la réforme du code des visas Schengen de 2020 confirme que le chantage diplomatique est une pratique non seulement assumée par les États européens mais légalisée par la réforme de février 2020.

« La réforme renforce les inégalités en matière de circulation par un accès au visa à plusieurs vitesses, directement corrélé avec le degré de coopération des États tiers dans les processus de réadmission. (…) D’autres mesures reflètent cette politique de la carotte et du bâton, parmi lesquelles la possibilité de réduire les délais d’instruction pour les bons élèves ou de réduire ou d’allonger les durées de validité des visas. » (Source : Cimade)

Et cette réforme n’a pas tardé à donner lieu à des situations très concrètes :

« En 2020, Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur (…), avait menacé la Tunisie de baisser le nombre de visas octroyés si Kaïs Saïed, le président tunisien, refusait de reprendre ses ressortissants arrivés illégalement sur le territoire français. En 2021, la menace avait été mise à exécution : la délivrance de visas avait drastiquement chuté au Maroc (- 50 %), en Tunisie (- 30 %) et en Algérie (- 50 %). » (Source : Afrique XXI).

Qui a besoin d’un visa Schengen pour voyager en Europe ? Source : schengenvisainfo.com

Que pouvons-nous faire ?

Dans cette introduction nous mettons en lumière le caractère profondément inégalitaire, discriminatoire et raciste du régime des visas, dans lequel la nationalité, et dans une autre mesure, la classe sociale, conditionnent l’accès des personnes au droit à la liberté de circulation. Ces inégalités s’inscrivent dans une histoire liée au développement des États-nations et à des logiques racistes, où le passeport et le visa sont des outils de contrôle et d’externalisation des frontières. Au-delà des frontières physiques, la violence s’exerce dès le pays de départ, lors des démarches administratives, à travers les refus, les humiliations et les discriminations subies. Le système des visas s’avère être également un mécanisme lucratif et opaque pour les pays européens, marqué par des pratiques abusives, de la corruption et des formes de pression diplomatique sur les pays du Sud.

Parfois, au sein de nos luttes contre les frontières, émergent des débats sur la pertinence de chercher à obtenir des améliorations au sein d’un régime que nous souhaitons abolir. Pour notre camarade qui s’est entretenu avec l’équipe des Chroniques à mer,

« des mesures concrètes comme la réduction du prix des visas, les demandes de visa ou le remboursement des personnes qui ont fait une demande et qui ont été refusées, ce sont des choses auxquelles les gens peuvent participer dans le cadre de cette lutte. Et surtout, si nous sommes en Europe, c’est peut-être notre ambassade qui escroque les gens, donc […] c’est un point très clair sur lequel nous pouvons agir et nous pouvons agir en solidarité avec les personnes qui luttent contre ces régimes de visas[…]. Avoir une compréhension plus approfondie de l’origine des visas et de leur place dans le régime frontalier plus large, nous permet de voir où nous pouvons relier les luttes et nous connecter avec les personnes qui se battent également contre cela. » 

En tant que collectif qui lutte contre les frontières, Alarm Phone est favorable à l’abolition totale du régime des visas. Nous nous solidarisons avec les camarades du Sud qui luttent pour des améliorations, tout en étant conscientEs que tant que le système de visas existera, il restera un outil de division du monde, basé sur la construction d’un apartheid racial et qui oppose les mobilités des personnes considérées comme désirables et les autres. Après avoir établit un état des lieux général du système des visas dans cette introduction, la première partie du rapport vient démontrer en chiffres les conséquences directes des politiques de contrôle migratoire, avec un bilan statistique du travail d’Alarm Phone dans la région de la Méditerranée Occidentale et de l’Atlantique. Les parties suivantes font état, par pays, des conséquences sur le terrain du régime des visas, avec de nombreux témoignages. En dernière partie, la tristement longue et récurrente liste des naufrages et disparitions nous rappelle que les frontières tuent tous les jours.

Avertissement sur notre terminologie:

Notre rapport s’appuie sur différentes sources. Nous recueillons des informations lorsque des personnes nous contactent via le numéro d’Alarm Phone. Divers groupes locaux d’Alarm Phone (AP) dans la région documentent leurs observations et leurs informations sur le site. Nous sommes conscient·es que nous n’avons pas une vue d’ensemble complète de ce qui se passe sur les routes de la Méditerranée occidentale et de l’Atlantique. Dans la mesure du possible, nous avons établi des liens vers des journaux et d’autres articles. Mais tout ce que nous rapportons n’est pas documenté dans les médias. Toutes les informations sans référence proviennent d’activistes de la région.

Par ailleurs, Alarm Phone est un réseau d’activistes bénévoles et la plupart des membres d’Alarm Phone dans la région de la Méditerranée occidentale et de l’Atlantique sont originaires d’Afrique de l’Ouest ou d’Europe. Par conséquent, nous sommes beaucoup plus intégré·es dans les communautés de personnes en déplacement depuis les pays d’Afrique de l’Ouest que dans les communautés Harraga du Maghreb. Cela conduit inévitablement à une sous-représentation des expériences de ce dernier groupe. La seule façon de remédier à ce problème est d’élargir notre champ d’action et de travailler à la construction d’une véritable communauté transnationale de résistance. C’est un travail lent et laborieux, mais nous sommes déterminé·​​​​​​​e​​​​​​​s à le mener à bien.

Le langage que nous utilisons est important. Les mots que nous employons sont également chargés du poids de leur histoire, et cette histoire est celle du pouvoir. Nous nous efforçons constamment de voir le monde avec justesse et de trouver la description adéquate de ce que nous voyons. Il n’existe pas de point de vue unique qui englobe tout. Pour voir le monde avec justesse, nous avons besoin d’une vision kaléidoscopique. Ce rapport est le fruit d’un effort collectif. Bon nombre des auteur·ice·s n’écrivent pas dans leur langue maternelle, et la plupart des témoignages sont également rédigés dans une deuxième ou troisième langue. Nous considérons cela comme une force. Nous ne souhaitons pas réglementer le langage utilisé dans nos descriptions des personnes et de leur milieu. Si certain·​​​​​​​e·​​​​​​s peuvent rechigner à utiliser le terme « subsaharien·e » qui sous-entend une infériorité et préférer « noir·e » ou « africain·​​​​​​​e noir·​​​​​​​e », d’autres peuvent rejeter la racialisation implicite dans ces derniers termes. De même, certain·es d’entre nous évitent de parler de « migrant·​​​​​​​e​​​​​​​s » et préfèrent mettre l’accent sur la personnalité en utilisant l’expression « personnes en mouvement », mais pour d’autres, ce langage est trop pointilleux et artificiel, et nous sommes fier·​​​​​​​e​​​​​​s d’être des migrant·​​​​​​​e​​s. Nous avons conservé, dans la mesure du possible, les différents choix de description des auteur·​​​​​​​ice·s, en particulier lorsque l’auteur·​​​​​​​ice est elle-même une personne en mouvement.

2. Traversées maritimes et statistiques

En 2025, 7 442 personnes en détresse ont été recensées sur les routes de la Méditerranée occidentale et de l’Atlantique par Alarm Phone, soit une augmentation de 15 % du nombre de bateaux par rapport à 2024 (voir Alarm Phone : Analyse régionale Méditerranée occidentale et Atlantique, septembre 2024 – février 2025). Pourtant, le HCR n’a signalé « que » 37 080 arrivées en Espagne, soit 42 % de moins que le record de 64 318 atteint en 2024 :

Même si le nombre d’appels qu’Alarm Phone reçoit n’est pas directement corrélé au nombre de départs ou d’arrivées, cette divergence révèle une réalité brutale : moins d’arrivées ne signifie pas nécessairement moins de traversées. Cela reflète plutôt l’efficacité croissante des stratégies européennes d’externalisation des frontières et d’interception, qui bloquent, refoulent ou invisibilisent systématiquement les bateaux sur les routes migratoires dans les registres officiels.

Au total, Alarm Phone a été alerté de 142 traversées en 2025, dont 61 entre septembre et décembre. Le principal point de départ a été l’Algérie, avec 69 bateaux ayant quitté la côte algérienne tout au long de l’année (34 bateaux depuis notre dernière analyse). Les routes Atlantiques ont vu partir 71 bateaux au total (27 bateaux entre septembre et décembre). Il convient de noter que les chiffres officiels montrent une forte augmentation en novembre, avec 2 714 arrivées via les routes de l’Atlantique, inversant la baisse observée pendant les mois d’été.

Arrivées en Espagne par route au cours des six derniers mois. Source : Aperçu hebdomadaire du HCR Espagne, semaine 52 (22-28 déc. 2025)

Ces chiffres correspondent au nombre d’appels que nous avons reçus en octobre et novembre depuis les côtes atlantiques. Les autres routes ont connu une activité minime, avec seulement 2 cas en mer d’Alborán et 3 dans le détroit de Gibraltar tout au long de l’année.

15 bateaux avec lesquels Alarm Phone était en contact ont été interceptés entre septembre et décembre 2025 ce qui marque une forte augmentation pour ce second semestre. De même que les interceptions, les disparitions se sont accrues : malgré tous les efforts déployés pour recueillir et organiser les informations, dans 59 de nos alertes entre septembre et décembre 2025, le sort des bateaux et des passager·es reste inconnu, soit 41 % de toutes les alertes reçues par AP sur ces routes en 2025. Et au moins 172 personnes ont perdu la vie, dont 135 lors d’une seule tragédie au printemps au large de la Mauritanie (documenté par Alarm Phone). Le bilan réel est probablement bien plus élevé, car Alarm Phone ne recense que les cas dans lesquels il est directement impliqué. Les données révèlent un schéma systématique de disparition : 59 bateaux ont disparu sans laisser de traces, soit environ 1 500 personnes par rapport à la capacité moyenne des bateaux. Les naufrages sont sous-déclarés et la hausse enregistrée l’année dernière sur les route de l’Atlantique (par exemple, 2 714 arrivées en novembre) suggère que les personnes se sont adaptées aux schémas d’interception, mais à un coût bien plus meurtrier, comme en témoigne, malheureusement, le dernier chapitre de ce rapport sur les naufrages et disparitions.

L’UE et l’Espagne présentent les 37 080 arrivées, soit une baisse considérable, comme un succès politique. En réalité, les données révèlent un régime frontalier de plus en plus meurtrier : les bateaux continuent de partir en nombre similaire, mais sont interceptés, refoulés ou perdus. Les restrictions en matière de visas et l’externalisation poussent les personnes vers des routes plus dangereuses, tandis que les accords d’interception font tout pour qu’elles n’atteignent jamais l’Europe. La disparition devient la norme, une conséquence directe des politiques conçues pour arrêter la migration à tout prix.

On se souviendra de 2025 non pas pour la réduction de la migration, mais pour la volonté de l’UE de laisser des milliers de personnes disparaître au nom d’une victoire statistique. Nous n’oublierons pas, nous ne pardonnerons pas.

Et nous n’abandonnerons pas la lutte, en solidarité avec les personnes en mouvement, contre Frontex et pour les ferries, contre l’interception et l’incarcération, et pour la liberté de circulation pour tou·te·s.

3. Dans les différentes régions

3.1 Algérie

Les deux pays qui accordent les visas en grand nombre pour les algérien·nes sont la France et en seconde position l’Espagne, ce sont également les deux pays qui reçoivent le plus de demandes. La France par le biais de son ministre des Affaires Étrangères, J.N. Barrot, a déclaré que le taux de refus des visas aux algérien·nes en 2025 représentait 31% des demandes (janvier-septembre 2025) alors que la moyenne mondiale de refus de visa tourne autour de 16%. Le 2 février 2026, le journal El Watan, a publié des informations de l’ambassade de France selon lesquelles la France a délivré 204 248 visas, et refusé 118 000 demandes.

Le coût du visa avoisine les 90 euros par dossier, quelque soit l’issue, accordé ou refusé. En 2024, les algérien·nes ont déposé 352 295 demandes pour la France et 123 991 pour l’Espagne. Un véritable commerce s’organise autour de cette machine à sous consulaire. La somme que déversent les algérien·nes dans les consulats de France et d’Espagne est estimée à 46,3 millions d’euros. Les prestataires chargés de la collecte des dossiers de visa sont TLS, VFS et BLS et récemment Capago International. Ce dernier, installé en 2025, traite les dossiers de visas de l’ambassade de France en Algérie pour la somme de 29 €. Le coût du visa représente la moitié du salaire minimum algérien mensuel (160€ à 170€).

La prise de rendez-vous doit s’effectuer en ligne, sur une plateforme virtuelle, où il faut remplir un ensemble d’informations sur le voyage à programmer. Cependant, la grande difficulté et en même temps la grande humiliation, c’est de ne pas pouvoir obtenir un rendez-vous pour déposer le dossier de visa au niveau de ces agences. Très souvent, l’application d’enregistrement des rendez-vous est bloquée, et il est donc impossible de s’y inscrire.

Des discours autour des visas émanent souvent de la France, du gouvernement français, mais aussi des partis politiques, notamment de la mouvance de l’extrême-droite et des partis nationalistes. Les discours tournent autour du refus du gouvernement algérien de reprendre les algérien·es ayant reçu une OQTF (obligation de quitter le territoire français), comme évoqué dans la partie sur le chantage diplomatique de l’introduction.

À cela s’ajoute qu’il est difficile d’obtenir un rendez-vous pour déposer le dossier de visa auprès des prestataires. Il y a quelques années, les délais étaient de trois à quatre semaines, aujourd’hui, c’est presque impossible. Le visa est devenu un luxe, et par conséquent un commerce illicite s’est organisé autour de quelques centres prestataires. Aujourd’hui, pour pouvoir obtenir un rendez-vous chez un prestataire, il faut trouver le bon circuit, et cela peut coûter jusqu’à  1 000 euros, soit presque 10 fois le coût du traitement du visa.

Le cas particulier des réfugié.e.s sahraouis des camps de Tindouf : un statut d’apatride non reconnu

Les camps de réfugié·es sahraoui·es ont été fondés entre 1975 et 1976 près de Tindouf, en Algérie, à la suite du retrait précipité de l’Espagne du Sahara, territoire sur lequel elle exerçait une domination coloniale. Les conflits territoriaux qui ont suivi ont provoqué des déplacements massifs de population menant à la création des camps, qui sont aujourd’hui habités par environ 173 000 personnes selon le HCR. Les habitant·es de ces camps se trouvent depuis lors dans un angle mort du droit international. Il·les ne sont pas citoyen·nes algérien·nes et ne sont pas formellement reconnu·es comme réfugié·es.

La Convention de 1954 définit l’apatride comme « toute personne qu’aucun État ne reconnaît comme son ressortissant », et prévoit en théorie la délivrance d’un titre de voyage protecteur ainsi que des droits fondamentaux en matière d’emploi, d’éducation et d’accès aux services publics. Mais ces protections ne s’appliquent qu’aux personnes formellement reconnues comme apatrides par un État contractant, ce que l’Algérie ne fait pas de manière systématique. Le résultat est une apatridie aggravée : sans nationalité reconnue, sans statut de réfugié, et sans la protection formelle prévue pour les apatrides, les Sahraoui·es des camps ne sont ni réfugié·es reconnu·es, ni citoyen·nes d’un État reconnu, ni apatrides officiellement protégés.

Cette triple absence rend les demandes de visa Schengen structurellement très difficiles. Sans passeport valide émis par un État reconnu, la première exigence consulaire ne peut être satisfaite. Sans nationalité identifiée, il n’existe pas de cadre procédural standard pour instruire la demande, ni d’interlocuteur étatique pour les agent·es consulaires. Sans emploi, compte bancaire ou propriété, des justificatifs évidement inaccessibles à des personnes dépendantes de l’aide humanitaire, il est impossible de démontrer un ancrage suffisant garantissant le retour. Se pose aussi la question préalable du consulat compétent : les camps n’ayant aucune existence juridique reconnue par les États Schengen, la résidence légale du ou de la demandeur·euse est elle-même indéterminée.

Cinquante ans après une décolonisation inachevée, ce vide politique se traduit ainsi, pour chaque individu vivant dans les camps de Tindouf, par une invisibilité juridique qui rend la démarche de la demande de visa pratiquement inaccessible.

3.2 Maroc

3.2.1 Le régime des visas Schengen au Maroc : un système massif et hautement sélectif

Des refus répétés malgré des dossiers complets

Au Maroc, le régime des visas Schengen fonctionne comme une frontière administrative inégalitaire, où les possibilités de mobilité sont sélectionnées par des critères à la fois économiques, sociaux et politiques. Avec plus de 600 000 demandes annuelles, le Maroc reste l’un des principaux pays demandeurs, mais derrière ce chiffre massif se cache une réalité faite de refus répétés, de coûts élevés, d’opacité administrative et de différentes formes d’exploitation.

Pour beaucoup, l’expérience du visa n’est pas une simple procédure administrative : c’est une épreuve longue, coûteuse et humiliante. Bien avant la frontière physique, la violence frontalière devient visible face aux consulats, aux plateformes de rendez-vous saturées, aux exigences documentaires et aux refus standardisés. Le taux de refus reste élevé, 20% en 2025 pour les personnes qui arrivent à déposer un dossier, soit environ une personne sur cinq déboutée, y compris lorsqu’elle y a investi du temps, de l’énergie et des ressources financières considérables.

Les témoignages, de personnes marocaines et de ressortissant·es d’autres pays, révèlent une même réalité : des personnes présentant un dossier complet, stable et conforme aux exigences officielles (emploi stable, revenus réguliers, liens familiaux forts au Maroc, aucun antécédent migratoire négatif) reçoivent malgré tout un refus. Les motifs invoqués sont formulés de manière standardisée : « doutes raisonnables sur l’intention de quitter le territoire », « informations jugées insuffisantes », « justification du séjour considérée comme insuffisante ». Perçus comme vagues, peu individualisés et difficilement contestables, ces motifs produisent une expérience d’opacité administrative qui renforce le déséquilibre entre les demandeur·euses et les institutions consulaires. Le refus n’est alors pas seulement vécu comme un empêchement de voyager, mais comme une remise en cause de la crédibilité, de la dignité et de la bonne foi de la personne.

Le coût du visa comme mécanisme d’exclusion

La demande de visa représente une charge financière importante, en particulier pour les personnes issues de milieux populaires ou précaires, qu’elles soient marocaines ou ressortissantes d’un autre pays. En 2025, les frais consulaires s’élèvent à 90 euros (environ 979 dirhams), non remboursés en cas de refus. S’y ajoutent les frais des centres externalisés comme TLS Contact ou BLS International (300 à 800 dirhams), l’assurance voyage obligatoire (300 à 600 dirhams), ainsi que de nombreux coûts indirects : déplacements vers les centres de dépôt, frais d’impression, de traduction, et de réservations de billets ou d’hébergement exigées pour prouver la réalité du projet de séjour. Dans la pratique, le coût réel d’une demande se situe entre 1 500 et 3000 dirhams par personne, représentant pour de nombreuses familles une part significative du revenu mensuel — ce qui peut impliquer de mobiliser l’aide de proches, de puiser dans des économies destinées à d’autres besoins essentiels, ou de recourir à des formes d’endettement informel.

Lorsque la demande est refusée, toutes les dépenses engagées deviennent une perte immédiate, sans explication claire, que plusieurs analystes et organisations de la société civile décrivent comme une forme de transfert financier inversé (comme évoqué plus haut dans l’introduction).

Économie parallèle et exploitation

La saturation des plateformes de rendez-vous a contribué à l’émergence d’une véritable économie informelle. Des intermédiaires parviennent à obtenir des créneaux et les revendent à des prix prohibitifs : jusqu’à 10 000 dirhams (environ 920 euros) pour une demande vers la France, entre 1 000 et 3 000 dirhams pour d’autres pays Schengen. Cette situation place de nombreux demandeur·euses dans une position de dépendance vis-à-vis d’intermédiaires informels, excluant de fait celles et ceux qui ne disposent pas des ressources nécessaires, même lorsqu’ils et elles remplissent toutes les conditions administratives.

Parallèlement, des agences privées proposent des prestations payantes : constitution de dossier (1000 à 5000 dirhams), réservations fictives de billets ou d’hôtels (100 à 1000 dirhams), voire de fausses garanties de visa facturées jusqu’à 7000 dirhams. Ces pratiques, alimentées par la complexité administrative et l’incertitude sur les critères réels d’évaluation, comportent des risques importants : augmentation du risque de refus, sanctions administratives, et pertes financières sans recours. La rareté organisée des rendez-vous et l’opacité des procédures transforment ainsi l’accès au visa en un marché où la mobilité devient un avantage réservé à celles et ceux qui peuvent payer.

Une vulnérabilité renforcée : le cas des migrant·es subsaharien·nes

Au Maroc, la situation des migrant·es subsaharien·nes brasse d’importants enjeux en matière de droits humains. Malgré certaines avancées en matière de politiques migratoires, de nombreuses personnes continuent de faire face à des violations ou à des limitations effectives de leurs droits fondamentaux, notamment en ce qui concerne l’accès à la mobilité, à la dignité et à l’égalité de traitement.

Les migrant·e·s subsaharien·nes sont souvent confronté·es à une vulnérabilité administrative structurelle, liée à la précarité de leur statut juridique et à la complexité des procédures administratives. Cette situation limite leur accès aux droits, y compris aux procédures légales de mobilité telles que les demandes de visa.

Il est toutefois important de souligner que cette population n’est pas homogène. Parmi les migrant·es subsaharien·nes présent·es au Maroc, certain·es occupent des emplois stables et qualifiés, y compris au sein d’institutions privées, d’organisations internationales ou, dans certains cas, d’institutions publiques. Malgré une situation professionnelle stable et des dossiers administratifs complets, ces personnes rencontrent également des difficultés significatives dans l’accès aux visas.

Là aussi, des témoignages concordants indiquent que des refus de visa peuvent intervenir dans des conditions peu transparentes.

Ces dynamiques sont particulièrement visibles dans les régions frontalières de l’est du Maroc, notamment à Oujda et à Nador, où les migrant·e·s subsahariens sont exposés à des conditions de vie plus précaires et à des formes accrues de contrôle et de mobilité contrainte.

Face à ces défis, les organisations de la société civile et les réseaux de solidarité jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des migrant·e·s, la défense de leurs droits et la documentation des pratiques problématiques observées.

Conclusion

Alors que nous rédigeons ce rapport, le régime des visas depuis le Maroc fonctionne comme un mécanisme de sélection économique, administrative et sociale. Même un dossier complet ne garantit pas l’obtention du visa, ce qui renforce le caractère arbitraire du régime des visas. La frontière ne se situe pas uniquement aux points géographiques d’entrée en Europe, mais également dans des procédures administratives coûteuses et sélectives qui conditionnent l’accès à la mobilité bien en amont, et qui affectent de manière disproportionnée les personnes les plus précaires.

3.2.2. Tanger

Voici le témoignage d’une camarade d’Alarm Phone qui réside à Tanger, recueilli par l’équipe des Chroniques à mer dans l’épisode 37 :

« Cette année [2025], j’étais censée demander le visa pour l’Espagne. Depuis le mois de février je marchais pour avoir un rendez-vous dans une agence. Le système qui gérait les rendez-vous pour l’Espagne, BLS, était bloqué le mois de février-mars, il a été rouvert en avril. Il y a eu des rendez-vous disponibles et j’ai été là-bas pendant plusieurs heures et j’avais l’argent sur moi et ils n’ont jamais voulu m’aider à avoir un rendez-vous. Depuis lors jusqu’aujourd’hui, j’ai la lettre d’invitation d’une association en Espagne là-bas mais j’ai toujours pas le rendez-vous. Ça fait que c’est franchement impossible d’aller faire la demande de visa parce qu’il faut obligatoirement avoir un rendez-vous. Si ça continue comme ça, on est presque arrivé à la date de la réunion, donc je ne pourrai malheureusement pas partir. »

La situation générale des personnes en déplacement à Tanger reste difficile. Les nombreuses inondations récentes ont aggravé la situation des personnes sans papiers qui ont du mal à accéder à un abri et à subvenir à leurs besoins fondamentaux. La répression et le contrôle des migrations continuent et rien ne s’améliore pour les personnes en déplacement. Il existe peu de voies pour atteindre l’Europe avec succès et en toute sécurité.

Si, à titre individuel, les habitant·es de Tanger contestent le système des visas, les militant·es sur place craignent toutefois de dénoncer l’injustice qui règne, car il·le·s sont très exposé·es au régime frontalier. La situation est plus facile pour celles et ceux qui ont un statut « régularisé » en Europe et dans leur pays d’origine, car il·le·s sont mieux protégé·es.

D’après l’expérience des membres de l’AP au Maroc, certains pays ont un système de visa plus souple. Par exemple, les visas pour l’Espagne ont souvent été plus faciles à obtenir, tandis que la Suisse a un processus de visa très difficile avec peu de chances de succès. Il existe des protocoles similaires, mais des obstacles différents selon les pays.

3.2.3. Nador et Oujda

Dans les régions du Nord Est du Maroc, en particulier les villes de Oujda et Nador, la dépendance aux intermédiaires dans les démarches de demande de visa apparaît de manière très visible. Cette situation s’explique d’abord par l’éloignement géographique des grands consulats et des centres de traitement, qui oblige de nombreuses personnes à engager des déplacements coûteux, fatigants et parfois complexes à organiser.

Pour les habitant·es de ces régions, entreprendre une demande de visa ne se limite donc pas à une simple procédure administrative : cela implique souvent une mobilisation importante de ressources financières, de temps et d’énergie.

Cette dépendance est également aggravée par la vulnérabilité socio-économique d’une partie importante de la population locale. Dans un contexte marqué par le chômage, la précarité et des revenus parfois instables, beaucoup de familles se retrouvent contraintes de recourir à des intermédiaires, à des agences informelles ou à des connaissances qui sont supposées « connaître » la procédure, dans l’espoir d’augmenter leurs chances d’obtenir un rendez-vous ou de constituer un dossier recevable. La forte demande de mobilité vers l’Europe, qu’elle soit liée à des raisons familiales, professionnelles, médicales, académiques ou de simple circulation, renforce encore cette situation et alimente un marché parallèle autour des rendez-vous et de l’accompagnement administratif.

Les témoignages recueillis à Oujda et à Nador font état de pratiques fréquentes de revente de rendez-vous, parfois à des prix largement supérieurs aux frais officiels. Au delà de la pression financière évoquée ci-dessus, plusieurs personnes décrivent l’impossibilité d’accéder par elles-mêmes aux plateformes numériques de prise de rendez-vous, soit en raison d’un manque de maîtrise des outils numériques, soit à cause de la rareté des créneaux disponibles, soit encore en raison de dysfonctionnements techniques répétés. Cette situation ouvre la voie à différentes formes d’exploitation, où des intermédiaires profitent de la difficulté d’accès au système pour vendre des créneaux, des formulaires remplis ou un simple accompagnement dans la procédure.

Les personnes âgées sont particulièrement affectées par cette situation. En l’absence d’accompagnement accessible, transparent et fiable, elles deviennent davantage dépendantes de tiers, avec un risque accru d’erreurs, de dépenses supplémentaires ou d’abus.​​​​​​​

Enfin, plusieurs témoignages font ressortir un profond sentiment d’humiliation, d’incompréhension et de fatigue psychologique. Les refus de visa sont souvent perçus comme opaques, insuffisamment expliqués et vécus comme une remise en cause personnelle, d’autant plus douloureuse lorsque les familles ont investi des ressources considérables dans la procédure. Dans ce contexte, la demande de visa n’apparaît plus seulement comme une formalité administrative, mais comme une véritable épreuve financière, administrative et psychologique, marquée par l’incertitude, l’écart d’information et des formes multiples de vulnérabilité.

Témoignage de F.K du Maroc, Oujda – Demande de visa pour l’Allemagne et la Suisse

F.K explique avoir déposé deux demandes de visa, respectivement pour l’Allemagne et la Suisse. Dans les deux cas, elle disposait d’un dossier complet. Elle est salariée et affiliée à la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale), et avait fourni l’ensemble des documents requis.

Malgré ces éléments, ses demandes ont été refusées par les autorités consulaires. Pour l’Allemagne, le refus était motivé par l’existence de doutes quant à sa volonté de quitter le territoire avant l’expiration du visa. Concernant la Suisse, le refus était lié à une justification jugée insuffisante de l’objet et des conditions du séjour.

Cette situation met en évidence que la stabilité professionnelle et la complétude du dossier ne constituent pas nécessairement des garanties suffisantes pour l’obtention d’un visa.

Témoignage de D.Z de la Guinée Bissau, Oujda – Demande de visa étudiant pour l’Allemagne

D. explique avoir introduit une demande de visa pour l’Allemagne dans le cadre de ses études. Il disposait d’une invitation d’une université allemande, étant étudiant en Master de droit au Maroc. Son dossier comprenait l’ensemble des pièces justificatives requises, ainsi qu’une lettre d’invitation et une prise en charge.

Malgré cela, sa demande a été refusée. Le motif avancé concernait une insuffisance de ressources financières. Il souligne également que son statut d’étudiant ne nécessitait pas obligatoirement une affiliation à la CNSS, mais que cet élément a été implicitement considéré. Par ailleurs, une prise en charge locale lui a été demandée.

Cette situation montre que, même dans un cadre académique structuré et justifié, les critères liés aux ressources financières peuvent constituer un obstacle majeur à la mobilité.

Situation générale aux frontières de cette région         

Certaines personnes voyagent sans visas et décident encore d’emprunter l’ancienne route migratoire reliant l’Algérie au Maroc via Maghnia/Oujda, qui reste très dangereuse, voire mortelle.

À la fin de l’année dernière, au moins 21 corps ont été retrouvés dans les montagnes et les forêts de Ras Asfour, du côté marocain de la frontière. Des groupes locaux, tels que notre équipe Alarm Phone, l’ASMV (Association d’aide aux migrants en situation vulnérable) et l’association de défense des droits humains AMDH Oujda, documentent la situation à la frontière et assurent le suivi de chaque incident connu.

Au moins 14 corps ont été transférés à la morgue d’Oujda, mais leur identification s’est avérée très difficile. Certains corps présentaient des blessures visibles à la tête, aux membres et à l’abdomen. Deux corps étaient dans un état de décomposition avancé. Un nombre important de personnes blessées, souffrant de fractures aux membres supérieurs et inférieurs, ont été transférés à l’hôpital Al-Farabi ou à l’hôpital universitaire d’Oujda, où elles ont reçu les soins nécessaires avant d’être renvoyés chez elles. Toujours au début du mois de février, un autre groupe de victimes de cette dangereuse traversée de la frontière a été retrouvé à la frontière d’Oujda Maghnia, selon des sources locales d’Alarm Phone. Trois corps ont été retrouvés, un survivant a été arrêté.

L’AMDH Nador commente à juste titre :

« Le froid et la faim ne constituent pas les seules causes de cette tragédie, mais des facteurs aggravants ; la cause principale demeure les politiques migratoires restrictives transformant les frontières en espaces fermés et mortels. »

Une fois au Maroc, de nombreuses personnes en déplacement continuent leur route vers la ville de Berkane, au nord-est du pays. Notre équipe locale d’Alarm Phone suit la situation des nouveaux et nouvelles arrivant·es, et Berkane semble être un endroit où les personnes en déplacement ont au moins la possibilité de trouver un logement partagé au sein des communautés, un travail et le soutien d’associations locales. Mais la traversée maritime depuis la région de Nador reste inabordable pour la plupart des ressortissant·es non marocain·es, et de nombreuses personnes se trouvent donc bloquées là, dans l’impossibilité de poursuivre leur voyage. Des communautés vivent toujours dans des camps de fortune dans les forêts autour de Nador, dans des conditions très précaires, les camps devant s’enfoncer de plus en plus profondément dans des zones reculées en raison des raids des autorités.

3.2.4. Laayoûne

Situation des départs depuis la région de Laayoûne 

Voici le rapport d’un camarade d’Alarm Phone Laayoûne:

« La constante ces dernier mois est qu’il y a moins d’embarcations pour venir vers les îles Canaries. Malgré la militarisation des frontières, on assiste aussi des arrivées venant du « sud » (Mauritanie, Sénégal, Gambie). Mais on peut dire que vraiment parfois c’est presque impossible. Sinon il y a aussi la répression des autorités vers les migrants : des arrestations, des emprisonnement, des victimes aussi sur les violences faites aux migrants et les militaires tirent aussi sur les convois jusqu’à il y a des morts, des blessés et des autres personnes arrêtées et condamnées. C’est se qu’on voit souvent dans la région de Laayoûne et aussi des bateaux qui sont partis de la Gambie et ont fait naufrage aussi ici, ce qui amène des victimes, des personnes malades et d’autres qui sont dans conditions difficiles alors nous en tant que équipe AP Laayoûne et membres des communautés on porte toujours assistance, on essaye d’aider et aussi d’assister les familles pour avoir des informations et aider aussi sur l’enterrement ou le rapatriement des corps. Pour une conclusion, les choses ont vraiment changé au niveau de la répression, les condamnations à des peines lourdes pour intimider les autres. »

Concernant les visas, ce camarade nous rapporte des situations similaires à celles décrites dans les autres régions, avec la difficulté supplémentaire qu’aucun consulat ne se trouve proche de Laayoûne. ll faut donc se rendre dans les grandes villes marocaines de Rabat, Agadir ou Casablanca pour pouvoir réaliser sa demande. Ce qui ajoute au coût de la demande, les frais de voyage et le temps mobilisé pour tous ces déplacements. Il conclut en disant :

« Les visas, c’est toujours la même politique, et ces temps-ci on a encore continué à la durcir. On a augmenté les frais des visas et les gens continuent à en demander mais seulement une minorité en obtient. Et en cas de refus, on leur rembourse pas leur argent, c’est toujours de l’arnaque et du vol par les ambassades européennes qui sont en Afrique. »

3.3 Mauritanie

Concernant les Visas Schengen

Selon les statistiques publiées sur le site de la Commission Européenne, les demandes de visa Schengen déposées en Mauritanie ont doublé entre 2014 et 2024, passant de 11 573 à 23 596. Dans le même temps, le pourcentage de refus opposé à ces demandes est passé de 17,7 % à 32,5 %. Aujourd’hui un·e demandeur·euse en Mauritanie a à peu près une chance sur trois de se voir opposer un refus alors que la moyenne mondiale est plutôt à une chance sur six (14,8% de refus). À l’instar des autres pays de la région, ce taux de refus élevé est le signe d’un traitement raciste des demandes de visa Schengen.

Demandes de visa Schengen en Mauritanie (2024) (selon la Commission européenne) :

Nombre total de demandes : 23 596

Part mondiale : environ 0,20 % des demandes Schengen

Classement mondial : 53e pays en nombre de demandes

Visas accordés : 15 438

Visas refusés : 7 429

Taux de refus : 32,5 %

En Mauritanie, l’Espagne est le pays largement en tête des demandes (17 740), suivie par la France (4 229) puis par l’Allemagne (1 627). Les représentations diplomatiques de ces pays sont principalement concentrées dans la capitale mauritanienne, Nouakchott, et dans la seconde ville du pays, Nouadhibou. Dans ce contexte, les déplacements peuvent représenter un défi pour une partie de la population, en particulier pour les personnes vivant dans les zones rurales ou à l’intérieur du pays, en raison des distances importantes et des contraintes liées aux infrastructures de transport. Toutefois, pour les populations situées dans les zones côtières, les consulats restent relativement accessibles.

Pays Schengen les plus demandés depuis la Mauritanie :

Espagne : principal pays demandé (17 740 demandes)

France : meilleur taux d’acceptation (69 %)

Allemagne : taux de refus le plus élevé (49 %)

Coûts financiers liés aux demandes de visa

Les frais officiels d’un visa Schengen varient légèrement en fonction des ambassades. Sur leurs sites officiels respectifs, l’Espagne fixe le prix à 80 euros tandis que la France le fixe à 90 euros (99 euros pour un visa long séjour).  À ces frais s’ajoutent les coûts liés à l’assurance médicale obligatoire ainsi que les frais des centres de dépôt ou des entreprises intermédiaires.

En tenant compte de l’ensemble de ces dépenses, le coût total d’une demande peut atteindre environ 300 euros. Comme pour les autres régions, cela représente une charge financière significative en comparaison des revenus mauritaniens que l’on peut estimer entre 100 et 1000 euros. En effet, les revenus des mauritanie·nes sont soumis à de forts disparités selon les secteurs (public, privé et informel). Le salaire minimum mauritanien est fixé à 5000 MRU (environ 110 euros). En cas de refus, ces montants ne sont pas remboursés. Pour les demandeur·euses, cela représente une injustice frappante et une violence économique néocoloniale.

Du dossier à la prise de rendez-vous : un labyrinthe d’obstacles et de racisme.

Avant de déposer une demande de visa, la première difficulté est de rassembler tous les documents nécessaires. Dans le cas de l’Espagne, il s’agit des document administratifs d’abord : d’un passeport valide, d’une photos au format passeport, du formulaire de candidature, des données biométriques, d’une assurance médicale de voyage et des frais de visa. Mais aussi, et surtout, de ce que l’ambassade nomme les « supports liés à votre voyage », c’est à dire les raisons de la visite (invitation), des preuves de logements (réservation d’hôtels), des preuve de moyens financier (relevé de compte, contrat de travail etc.) et des preuves de retour (billets d’avion retour, certificat de mariage, livret de famille etc.)

Les exigences de preuves imposées par les pays de l’UE sont la marque d’une présomption implicite et raciste que les demandeur·euses  prévoient de ne pas retourner dans leurs pays d’origine.

Une fois le dossier constitué, il faut obtenir un rendez-vous auprès de l’ambassade pour le déposer. Or pour obtenir un rendez vous auprès de certaines ambassades, les demandeur·euses sont obligé·es de faire appel à des institutions bancaires ou à des entreprises privées qui vendent leurs services. Pour obtenir un rendez vous auprès de l’ambassade d’Espagne, il faut passer par l’intermédiaire de BLS international, le rendez vous est gratuit mais leur service “de base” coûte 770 MRU (environ 19 euros) et ils propose des services supplémentaires payant (remplissage du formulaire – 200 MRU, suivi de la demande par SMS – 70 MRU, photographie, etc.).

Selon les agents BLS, le délais pour obtenir un rendez-vous est de 15 jours, mais il est fréquent que le service soit saturé et des agences non officielles comme Wassila conseil ou Express Visa revendent des rendez-vous en assurant un délais d’un mois aux environs de 5000 MRU.

Pour l’ambassade de France, avant de demander un rendez-vous, il faut se procurer un code d’accès auprès de la Banque pour le Commerce et l’Industrie d’un coût de 400 MRU. Ensuite il faut s’armer de patience et appeler un centre d’appel qui vous donnera un rendez vous en échange de ce code.  Selon les témoignage sur place, les délais d’obtention d’un rendez-vous (en ligne !) peuvent être de deux à trois mois.

Analyse des témoignages concernant les refus de visas dans l’espace Schengen

L’obtention d’un visa pour l’espace Schengen constitue une étape essentielle pour les personnes souhaitant voyager en Europe pour des raisons familiales, académiques ou professionnelles. Toutefois, plusieurs témoignages recueillis mettent en évidence les difficultés rencontrées par certain·es demandeur·euses, même lorsque leurs dossiers semblent complets et conformes aux exigences administratives néocoloniales.

Les témoignages suivants illustrent différentes situations dans lesquelles des demandes de visa ont été refusées, soulevant ainsi des interrogations sur les critères d’évaluation appliqués par les autorités consulaires.

Témoignage de F. 28 ans, membre de la société civile – Invitation familiale en France

F. explique qu’elle possède une cousine résidant en France qui lui avait adressé une invitation officielle, dûment légalisée par les autorités compétentes. Cette invitation incluait également la possibilité d’un hébergement pendant la durée de son séjour.

Malgré l’existence de ce lien familial et la disponibilité d’un lieu d’accueil, sa demande de visa a été refusée par les autorités consulaires.

Cette situation montre que la présence d’une invitation familiale officielle ne constitue pas nécessairement une garantie d’obtention du visa.

Témoignage de Y. de 42 ans, juriste – Expérience de mobilité internationale

Y. indique qu’il avait déjà voyagé en Europe dans le cadre de ses études, notamment en Allemagne et en Italie. À cette période, les visas avaient été obtenus lorsqu’il résidait en Syrie.

Cependant, après avoir présenté ses demandes de visa depuis la Mauritanie, celles-ci ont été refusées à plusieurs reprises. Dans son cas, la demande de visa a été rejetée à quatre reprises.

Cette situation soulève des interrogations quant aux différences éventuelles dans l’évaluation des demandes selon le lieu de dépôt du dossier.

Témoignage de M. 31 ans, commerçant –  concernant les conditions d’hébergement

M. évoque la possibilité que le refus de sa demande soit lié aux conditions d’hébergement prévues pendant son séjour.

En effet, l’appartement destiné à l’accueillir, appartenant à son père, aurait été considéré comme trop petit pour recevoir une personne invitée.

Cette situation aurait pu influencer négativement l’appréciation du dossier par les autorités consulaires.

Témoignage de A. (membre de AP Mauritanie) – Refus malgré un dossier complet

A. témoigne que sa demande de visa a été refusée malgré le respect de l’ensemble des procédures administratives exigées. Elle affirme avoir présenté un dossier complet comprenant tous les documents nécessaires.

Ce cas met en évidence le sentiment d’incompréhension ressenti par certains demandeurs lorsque leurs dossiers sont rejetés malgré leur conformité apparente aux exigences administratives.

Conclusion

L’ensemble de ces témoignages met en lumière les difficultés rencontrées par certain·es demandeur·euses dans le processus d’obtention d’un visa pour l’espace Schengen.

En effet, plusieurs personnes ont affirmé avoir fourni l’ensemble des documents requis : compte bancaire, assurance de voyage, billet d’avion aller-retour, justificatifs professionnels et familiale attestant de leur situation, etc.

Malgré cela, certaines demandes de visa ont été refusées sans explication détaillée de la part des autorités consulaires.

Les entreprises intermédiaires, censées faciliter les démarches, peuvent dans certains cas contribuer à une complexité accrue, tant en termes de coûts que d’exigences documentaire.

Encore une fois, ces situations soulignent la complexité du processus d’obtention de visa et mettent en évidence les interrogations que peuvent susciter le manque de clarté des critères d’acceptation et de refus, même lorsque les dossiers semblent complets et conformes aux exigences administratives.

Cela révèle des pratiques de discrimination raciale et un contrôle strict des mobilités qui s’inscrivent dans une logique de domination néocoloniale et invite à une réflexion d’ordre juridique et éthique sur le respect du principe d’égalité des chances, de la dignité humaine et de la liberté de circulation.

3.4 Sénégal

Les sénégalais·es qui demandent des visas Schengen connaissent plus de chance d’un refus que presque tous les autres pays d’Afrique : presque une demande sur deux est refusée, un taux de refus qui augmente ces dernières années. Selon les statistiques officielles de la Commission européenne, 46,8% des demandes des sénégalais·es ont été refusées en 2024, contre un taux moyen global de 14,8% pour l’ensemble des nationalités. Cette année-là, environ 72 412 demandes ont été déposées par des ressortissant·es sénégalais·es, ce qui correspond à près de 35 519 refus.

Ces demandes de visas constitue un lourd coût financier aux personnes qui cherchent à partir par les voies autorisées, dans un pays où le salaire moyen est autour de 192 euros par mois. Comme évoqué dans les parties précédentes, chaque demande de visa Schengen de court séjour implique des frais non remboursables de 90 € depuis juin 2024, indépendamment du résultat de la procédure. Compte tenu du nombre élevé de refus, les demandeur·euses sénégalais·es ont ainsi perdu collectivement environ 2,93 millions d’euros en frais de dossier pour les seules demandes rejetées en 2024. Ce montant n’inclut pas les coûts supplémentaires souvent exigés, comme l’assurance voyage obligatoire, les frais de service des centres de visas ou les dépenses liées à la constitution du dossier.

L’accès même procédures de demande constitue un obstacle majeur pour les demandeur·euses au Sénégal, avec des longues attentes pour des rendez-vous (jusqu’à quatre à cinq mois pour l’Allemagne et environ un à deux mois pour la France, l’Espagne et l’Italie). Là aussi, les ambassades européennes externalisent la gestion des rendez-vous et du dépôt des dossiers à des prestataires privés (VFS Global Dakar pour la France, BLS International pour l’Espagne), ce qui complique davantage l’accès aux services consulaires. Les intermédiaires revendent des créneaux de rendez-vous à des prix très élevés, souvent entre 300 000 et 400 000 FCFA (plus de 500 euros), soit bien au-delà des frais officiels. Plusieurs témoignages dénoncent des pratiques perçues comme abusives et un système opaque. Un militant d’Alarm Phone qui voulait participer à un évènement de la société civile en Europe explique par exemple :

« Pour mon cas j’avais déposé ma demande à l’ambassade de Suisse et après mille et un documents fournis, on m’a refusé le visa. Les motifs qu’ils m’ont donné comme justificatifs sont juste : rien ne prouve que vous allez quitter l’espace Schengen avant expiration de votre visa. Et ce qui était bizarre c’est qu’ils m’avaient même proposé de déposer un recours, sachant que les frais du recours sont plus élevés que les frais pour le dépôt de visa. Je n’ai pas fait de recours car j’étais très en colère contre ce système d’arnaque. »

Plusieurs personnes constatent un durcissement des conditions d’obtention des visas, et voient leur demandes refusées alors qu’elles avaient pu obtenir des visas Schengen auparavant. « Pour le cas de mes refus, tout a commencé en 2022 » raconte un militant de AP qui a subi plusieurs refus malgré le fait qu’il a eu deux  visas Schengen pour aller en Allemagne en 2019 et en 2021, dont il a respecté les conditions.

« Maintenant en 2022 j’ai déposé une demande de visa pour aller en Allemagne, et ça a été refusé. Le motif, c’était que j’étais une menace pour la sécurité territoriale ou quelque chose comme ça. Il y avait un autre militant sénégalais qui devait venir avec moi, et on lui a refusé sa demande aussi, mais pour un autre motif. On a dit qu’il ne montrait pas assez de revenus. Donc on a déposé un recours avec la fondation allemande qui nous avait invité, mais le recours a été aussi refusé. En 2023, j’ai déposé une demande de visa pour la Suisse qui a été aussi refusé, et en en 2024, ma demande pour un visa pour la France a été lui aussi refusé. Je commençais à me dire que tous ces refus étaient liés à mes activités en faveur des droits des personnes en mobilité. Mais comme tout n’est pas très clair et qu’on ne sait pas exactement les raisons de refus…  J’ai compris que toutes les demandes qu’on a déposé avec notre association ont été refusées. C’est ça qui me fait penser que c’est lié à nos activités militantes. On a fait un autre recours pour le dernier refus, et c’est au niveau du tribunal de Nantes, mais on n’a toujours pas de réponse, après un an. Maintenant, je suis découragé, je dépense trop d’énergie et trop d’argent, et l’argent n’est pas restitué. On a l’impression d’être dans un impasse. »

Cette situation a amené des associations défendant les droits humains au Sénégal à créer une campagne pour dénoncer une telle politique jugée injuste. Le Réseau Migration Développement (REMIDEV), aux côtés d’autres organisations de la société civile, organise notamment une randonnée pédestre annuelle pour les visas afin de dénoncer les taux élevés de refus, le coût financier des demandes rejetées et les obstacles structurels à l’obtention de rendez-vous. Un participant français à la randonnée pédestre en 2024 était là pour manifester contre le traitement de sa femme sénégalaise qui avaient subi plusieurs refus malgré son mariage à un citoyen français. Ces mobilisations visent à interpeller les autorités européennes et sénégalaises sur les conséquences sociales et économiques des politiques de visas, et à réclamer davantage de transparence dans les procédures consulaires. Certaines structures réclament la réciprocité : si les ressortissant·es sénégalai·es continuent de se heurter à des taux de refus élevés et à des procédures restrictives de la part de certains États, le Sénégal pourrait envisager de prendre des mesures équivalentes à l’égard des ressortissant·es des États concernés. Les autorités sénégalaises ont à plusieurs reprises évoqué la nécessité d’un dialogue plus équilibré avec l’Union européenne sur les politiques de mobilité, et ont annoncé qu’un visa électronique (e-visa) sera mis en place pour certains pays comme les États-Unis et le France. Toutefois, aucune mesure formelle de restriction réciproque comparable n’a été mise en place à ce jour. La position officielle s’inscrit plutôt dans une logique de négociation diplomatique et de coopération migratoire, même si la pression politique interne sur la question de la réciprocité demeure présente dans le débat public.

Randonnée pédestre dans le cadre d’une campagne pour les procédures de visas justes et équitables, décembre 2024, Dakar. Source : Boza Fii

Étant donné cette situation, des membres de l’association sénégalaise Boza Fii ont appelé les autorités à changer cette situation en réformant en profondeur le système des visas. Dans le manifeste « À bas le système des visas », il·le·s dénoncent des procédures coûteuses, opaques et inéquitables, et demandent la simplification des démarches, la réduction ou le remboursement des frais en cas de refus, ainsi qu’un accès plus équitable à la mobilité internationale. Il·les appellent également les autorités sénégalaises et européennes à garantir la liberté de circulation comme un droit fondamental, et à mettre fin aux politiques qui poussent certains candidats au départ vers des routes migratoires dangereuses.

3.5 Espagne

Le régime des visas Schengen en Espagne

Le visa Schengen court séjour (type C) est le type le plus sollicité : il permet de circuler 3 mois maximum sur une période de 6 mois. Comme évoqué précédemment, les frais officiels de visa s’élèvent à 90 euros pour un adulte. Les ressources financières minimales exigées correspondent à 118 euros par jour de voyage, ou 1 065 euros pour la durée totale du séjour.

L’Espagne est l’un des pays les plus sollicités pour les demandes de visas, le deuxième pays de l’UE derrière la France. En 2024, elle a reçu environ 1,63 million de demandes de visas Schengen, dont près de 1,3 million ont été acceptées, avec un taux de refus d’environ 15,7 %. L’Espagne étant classée par l’UE comme État « sous pression migratoire », la vigilance des services consulaires à l’égard de certaines nationalités, notamment des personnes provenant d’Afrique du Nord est accrue. Les disparités géographiques sont frappantes. Les taux de refus vont de moins de 5 % en Asie orientale à plus de 35 % en Algérie et 20,1 % au Maroc. Les nationalités les plus discriminées par la croyance aveugle de la Commission européenne dans son indicateur du « risque migratoire » restent celles des pays du Maghreb, l’Algérie en tête. Si ces taux peuvent sembler malgré tout peu élevés, il convient de rappeler tous les obstacles décrits tout au long de ce rapport. L’accès à la demande de visa en elle-même est impossible pour une majorité de personnes.

D’après les expériences de terrains reportées dans les sections précédentes, il semble qu’il serait plus facile d’obtenir un visa pour l’Espagne que pour d’autres pays européens. Or, cette affirmation doit être mitigée. Il existe une corrélation entre le nombre de demandes traitées et le le nombre de refus. Plus un pays reçoit de demandes, plus son taux de refus tend à baisser. La prudence est donc de mise quant à l’affirmation que l’Espagne serait plus permissive que d’autres pays européens.

Des systèmes de corruption

Par ailleurs, les cas de corruption et les dysfonctionnements structurels du système consulaire espagnol viennent sérieusement nuancer l’idée d’une Espagne plus accessible que ses voisins. En 2023, le ministère espagnol des Affaires étrangères a conduit une enquête sur un stratagème de corruption au sein du consulat général d’Espagne à Tanger, où des intermédiaires disposaient d’entrées et de sorties à l’intérieur même du consulat, contournant les barrières bureaucratiques en toute impunité. Ce scandale n’est pas un fait isolé mais le symptôme d’un système gangrené à sa racine.

Au Maroc et en Algérie, l’externalisation du traitement des demandes à des sociétés privées comme BLS International (voir dans l’introduction) a ouvert la voie à une marchandisation de l’accès au visa. Depuis plusieurs années déjà, on assiste à la transformation des rendez-vous consulaires en véritable marché parallèle, où des intermédiaires s’accaparent les créneaux disponibles via les plateformes online pour les revendre à des prix exorbitants.

Au Sénégal, des victimes ont déboursé plusieurs millions de francs CFA à des intermédiaires leur remettant de faux documents attestant de prétendus rendez-vous à l’ambassade d’Espagne. Ces pratiques frauduleuses, nourries par la rareté organisée des créneaux et l’opacité des procédures, conduisent à l’ajout de documents frauduleux ou falsifiés dans les dossiers, parfois à l’insu du demandeur, ce qui entraîne des refus et compromet durablement les chances futures des demandeureuses auprès de l’ensemble des consulats Schengen.

Loin d’être des défaillances accidentelles, ces « systèmes dans le système » sont les conséquences directes d’une politique migratoire basée sur une logique néocoloniale qui fabrique délibérément l’inaccessibilité.

Régularisation extraordinaire de personnes migrantes en Espagne

Le gouvernement espagnol va procéder, dans les mois à venir, à une régularisation extraordinaire et massive (qui pourrait concerner jusqu’à 800 000 personnes) de personnes étrangères en situation irrégulière. Cette décision n’est pas née dans le bureau d’un ministère ou dans la tête d’un politicien dans un élan spontané d’humanisme. C’est la pression des collectifs de personnes migrantes, antiracistes et allié·es, réunies sous la plateforme Regularización Ya qui sont parvenu, après des années de lutte et de stratégies politiques à soumettre le gouvernement à leur volonté. Alarm Phone célèbre cette victoire et félicite chaleureusement celles et ceux qui ont porté cette lutte qui va changer la vie de milliers de personnes. Bravo !

Cette victoire, aussi significative soit-elle, n’achètera pas le silence des collectifs qui l’on arrachée au gouvernement quant au racisme structurel inscrit dans la loi espagnole. La régularisation extraordinaire n’est ouverte qu’aux personnes arrivées en Espagne avant le 1er janvier 2026. Celles qui continuent d’arriver chaque jour depuis cette date sont soumises, exactement comme auparavant, à la Ley de Extranjería. Cette « loi sur les droits des étranger·es » qui légalise les expulsions à chaud aux frontières de Ceuta et Melilla, criminalise la mobilité, fabrique l’irrégularité et condamne des centaines de milliers de personnes à vivre dans la peur et la précarité. Pour le collectif Regularización Ya, le prochain objectif, c’est l’abrogation de cette loi.

La société civile organisée n’est pas dupe face aux contradictions du gouvernement de Pedro Sánchez. Si l’Espagne semble nager à contre-courant de ses voisins européens dans sa politique migratoire, il convient de regarder au-delà des grandes déclarations et des mesures spectaculaires.

Un discours d’ouverture, des actes alignés sur la politique migratoire de l’UE

Derrière un discours progressiste, soigneusement entretenu par le Premier Ministre, l’examen des des pratiques de l’État espagnol met à jour une autre réalité. Dès 2006, l’Espagne a contribué au financement de centres de détention destinés aux personnes en mouvement en Mauritanie, régulièrement dénoncés pour leurs conditions d’enfermement, et continue de soutenir des dispositifs sécuritaires dans la région à travers des financements et une coopération policière importante. Plus récemment, des accords soutenus par l’Union européenne ont alloué plus 210 millions d’euros à la Mauritanie afin de renforcer les interceptions, les contrôles et les expulsions au-delà des frontières européennes, tandis que l’Espagne a intensifié ses partenariats avec des pays comme la Gambie et le Sénégal pour freiner les départs, notamment via un appui aux forces de sécurité locales et des dispositifs de surveillance. Cette logique s’accompagne de violences récurrentes aux frontières elles-mêmes, comme l’ont illustré les massacres du Tarajal à Ceuta en 2014 et de Melilla en 2022. Loin d’être des cas isolés, ces épisodes révèlent la cohérence d’un système fondé sur la dissuasion, la violence et le déplacement du contrôle migratoire hors de ses frontières. L’action de l’État espagnol s’inscrit pleinement dans l’architecture européenne de contrôle et d’externalisation des frontières. Les barrières de Ceuta et de Melilla en sont parmi les pires manifestations.

Ni oubli ni pardon pour Tarajal. Ni oubli ni pardon pour Melilla. La régularisation extraordinaire ne nous fera pas perdre la mémoire. Elle ne rachète rien des décennies de refoulements à chaud, de violence et d’impunité d’État. Elle ne parviendra pas à dissimuler les embarcations abandonnées en mer, tandis que la baisse des chiffres d’arrivées est cyniquement brandie comme un succès de la “gestion migratoire” espagnole. On n’oublie pas. On ne pardonne pas.

4. Naufrages et personnes disparues en mer

Comme le souligne plus haut la partie statistique de ce rapport, moins d’arrivées ne signifie pas moins de traversées : combien de bateaux ont-ils disparus ? La documentation des naufrages invisibles et des personnes disparues en mer est particulièrement ardue, au vu de la difficulté de retrouver des traces et des preuves de ces disparitions. Cette documentation est aussi peu reconnue : les disparitions non confirmées, par exemple faute de corps ou de survivant·es, n’entrent pas dans les statistiques officielles.

Les politiques d’externalisation des frontières sont donc non seulement meurtrières mais invisibilisent les crimes contre l’humanité qu’elles provoquent. Pour reprendre les mots de Rachida Brahim, « la race tue deux fois ». La  première violence touche à l’intégrité physique de la personne, ici en poussant les personnes à entreprendre des voyages de plus en plus dangereux. La seconde violence a lieu à l’échelle institutionnelle, par l’impunité.

C’est pour faire face à ces politiques meurtrières qu’il est aussi important pour nous de consacrer, dans chaque rapport, une partie aux naufrages et aux personnes disparues, pour les garder en mémoire, au-delà des seules situations dont nous avons pris connaissance dans le cadre de la ligne d’urgence d’Alarm Phone. C’est aussi pour ça que chaque année, des CommémorActions sont organisées dans de nombreuses villes, dans plus de 70 villes en février dernier. Elles mêlent notre deuil et notre colère, notre engagement à honorer la mémoire de celles et ceux qui ont perdu la vie ou ont disparu dans leur quête de liberté de circulation, et nos revendications en faveur de la justice.

Commémoractions à Mbao, février 2026. Source: commemoraction.net

 

Commémoractions à Douarnenez, février 2026. Source: commemoraction.net

Le 26 août, 10 personnes sont parties de Tipaza en Algérie. Une semaine plus tard, les autorités refusent toujours de donner des informations et le groupe est toujours porté disparu.

Le 3 septembre, le corps d’une personne noyée a été retrouvé flottant dans les eaux proches de Punta Almina sur la côte de Ceuta.

Le 3 septembre, 17 jours après leur départ d’Algérie pour Palma, trois personnes sont secourues vers Alicante, deux d’entre elles sont emmenées à l’hôpital. Cinq personnes sont décédées pendant la traversée.

Le 3 septembre, un bateau à la dérive depuis trois jours près d’Ibiza est secouru. Deux personnes du groupe ont disparu après avoir sauté à l’eau de désespoir, selon les témoignages des six autres personnes ayant survécu. Le groupe de huit algériens était parti trois jours plus tôt de Domingo de Cherchell le 31 août.

Le 3 septembre, le corps d’une personne noyée a été retrouvé flottant dans les aux proches de Punta Almina sur la côte de Ceuta.

Le 3 septembre, les corps de sept personnes qui se trouvaient à bord de différents bateaux ont été retrouvés à Almeria, six d’entre eux dans les eaux de Carboneras et un septième sur la plage de Las Salinas de Cabo de Gata à Nijar. Les six personnes décédées retrouvées dans les eaux de Carboneras se trouvaient a priori à bord d’un bateau « go fast » sur lequel voyageaient 26 autres personnes qui ont réussi à rejoindre par leurs propres moyens la plage de Los Muertos. La septième personne décédée se trouvait probablement à bord d’un bateau sur lequel 37 personnes, dont deux femmes et trois enfants ont été secourues puis pris en charge par la Croix Rouge. Le 4 septembre, le corps d’une huitième personne qui voyageait à bord d’un des bateaux allant vers les côtes de Carboneras et Níjar, et le 8 septembre, le corps d’une neuvième personne,  ont été retrouvé dans la zone du Torreón de Cabo de Gata.

Le 5 septembre, deux enfants, Tawfiq et Mohamed, originaires de Beni Said dans la province de Tétouan, sont morts dans les eaux de Ceuta après avoir quitté le Maroc ensemble. Leurs corps ont été retrouvés dans les zones de Sarchal et Recinto par les autorités espagnoles et ont été identifiés par un proche.

Le 3 septembre, un bateau à la dérive depuis trois jours près d’Ibiza est secouru. Deux personnes du groupe ont disparu après avoir sauté à l’eau de désespoir, selon les témoignages des six autres personnes ayant survécu. Le groupe de huit algériens était parti trois jours plus tôt de Domingo de Cherchell le 31 août.

Le 7 septembre, un bateau avec 23 personnes à bord quitte Bourmedès en Algérie en direction de Palma de Mallorca. Deux semaines plus tard, il n’y a toujours pas eu de nouvelles du groupe, qui reste porté disparu.

Le 10 septembre, trois corps de personnes qui se sont noyées en tentant d’atteindre Ceuta à la nage depuis le Maroc ont été retrouvés par les autorités espagnoles. Un corps a été retrouvé vers la côte de San Amaro et deux dans la zone de Sarchal. Les trois avaient probablement moins de 20 ans.

Le 13 septembre, un bateau avec 13 personnes parties de Bourmedès le 9 septembre fait naufrage au large des côtes algériennes. Un survivant a été ramené à Bourmedès. Les 12 autres personnes sont toujours disparues.

Le 13 septembre, le corps d’une personne s’étant noyée est retrouvé dans les eaux de Ceuta vers la plage de l’Almadraba et du poste-frontière de Tarajal qui sépare la ville du Maroc.

Le 14 septembre, un groupe de 24 personnes part de Ain Taya en Algérie. Six jours plus tard, le groupe est toujours porté disparu.

Le 21 septembre, un groupe de 13 personnes part d’Algérie en direction de Palma de Mallorca. 16 jours plus tard, le groupe est toujours porté disparu malgré les recherches des autorités espagnoles, semblant indiquer un nouveau naufrage invisible.

Le 25 septembre, un groupe de 43 personnes, parmi elles trois enfants, ont quitté Boujdour par la route atlantique. Une semaine plus tard, le groupe est toujours porté disparu.

Le 26 septembre, un groupe de sept personnes part d’Algérie en direction de Palma de Mallorca. Malgré des recherches par les autorités espagnoles, trois jours plus tard le groupe n’a toujours pas été trouvé et reste porté disparu.

Le 28 septembre, un bateau avec 27 personnes à bord a quitté Réghaïa en Algérie pour Palma de Mallorca en Espagne. Plus d’une semaine plus tard, le bateau reste porté disparu.

Le 29 septembre, le corps d’une personne noyée est retrouvé proche de la plage de Chorrillo à Ceuta, située proche de la frontière de Tarajal.

Le 30 septembre, le corps d’une personne noyée est retrouvé dans la zone de Sarchal à Ceuta. 11 corps ont été retrouvés sur le littoral de Ceuta au seul mois de septembre.

Le 30 septembre, le corps d’une personne noyée s’est échoué sur les côtes de Findeq au Maroc.

Le 2 octobre, un bateau partie d’Algérie le 27 septembre avec 26 personnes à bord fait naufrage. Seulement sept personnes ont survécu.

Le 3 octobre, le corps d’une personne a été retrouvé à plusieurs milles au large de Formentera aux îles Baléares.

Le 8 octobre, le corps d’une personne flottant dans l’eau a été retrouvé à deux milles au large de la baie de Talamanca à Ibiza aux îles Baléares.

Le 10 octobre, le corps d’une algérien de 23 ans, selon les papiers qu’il portait sur lieu, est retrouvé à 200 mètres des côtes de Playa de la Ribera, à Ceuta, en Espagne.

Le 12 octobre, un corps est retrouvé sur le rivage à Playa del Dosel de Cullera dans la région de Valence en Espagne.

Le 13 octobre, le corps d’une personne est retrouvé au large des côtes de Martil dans la région de Tanger-Tétouan- Al Hoceima au Maroc.

Le 13 octobre, un corps, probablement en mer depuis deux mois, est retrouvé au large de la plage de Cala Murada beach, à Palma de Mallorca, dans les îles Baléares.

Le 13 octobre, un corps est retrouvé dans la zone de Rocosa de Menorca aux îles Baléares.

Le 14 octobre, un groupe de 51 personne part d’Agadir à bord d’un bateau pneumatique. Leurs proches entendent parler d’eux pour la dernière deux jours plus tard, lorsque le bateau était à 120 kilomètres de Lanzarote aux îles Canaries. Les personnes sont portées disparues depuis.

Le 14 octobre, deux corps ont été retrouvés à Ceuta, l’un échoué sur la plage d’Almadraba et l’autre à un mille au large de la baie.

Le 14 octobre, le corps d’une personne noyée a été retrouvé à la plage Els Molins, à sept kilometers au nord-ouest de Denia dans la province d’Alicante en Espagne.

Le 15 octobre, un corps a été retrouvé au large de la côte de Juan XXIII à Ceuta.

Le 16 octobre, 47 personnes quittent Boujdour à bord d’un bateau vers les Îles Canaries. Elles sont portées disparues depuis.

Le 16 octobre, plusieurs personnes à bord d’un canot pneumatique se jettent à l’eau pour tenter d’atteindre un navire marchand à 83 kilomètres à l’est de la côte de Lanzarote. Ce navire a donné l’alerte aux autorités espagnoles, et a pu porter secours à une personne, tandis qu’une autre a été mise en sécurité par un bateau de sauvetage des autorités espagnoles. Au moins deux autres personnes ont disparu en mer après avoir sauté vers le cargo. 55 personnes d’origine subsaharienne et maghrébine, dont 42 hommes, 11 femmes et deux mineurs, ont ensuite été secourues jusqu’au port d’Arrecife dans la nuit.

Le 18 octobre, un groupe de 22 personnes somaliennes part de Bourmedès en Algérie à destination des îles Baléares à bord d’un bateau en fibre de verre. Le groupe est porté disparu depuis.

Le 19 octobre, un groupe de 6 personnes quitte Alger vers l’Espagne. Une semaine plus tard, le groupe est toujours porté disparu.

Le 20 octobre, un corps a été retrouvé au large de la côte d’Almuñécar dans la province de Granada.

Le 20 octobre, un groupe de 19 personnes part de Mostaganem en Algérie par la mer Méditerranée. Cinq jours plus tard, le groupe est toujours porté disparu.

Le 23 octobre, un bateau avec un groupe de 24 personnes est retrouvé à la dérive de la côte de Lanzarote. Le groupe était parti de Tan-Tan, et il se peut que le groupe initial ait été plus grand et que des personnes soient disparues pendant la traversée.

Le 24 octobre, un groupe de 24 personnes part de Bourmedès en Algérie. Il est porté disparu depuis.

Le 24 octobre, un groupe de 27 personnes part de Bourmedès en Algérie. Il est porté disparu depuis.

Le 25 octobre, un bateau avec 150 personnes à bord est partie de Jinack en Gambie et est porté disparu depuis.

Le 26 octobre, un bateau avec environ 100 personnes à bord est partie de Gambie pour les Îles Canaries et est porté disparu depuis.

Le 28 octobre, le corps d’une personne sans vie est retrouvé dans les eaux de Cala Rajada aux îles Baléares à 14 milles de la localité par les autorités espagnoles, suite à une alerte lancée par un bateau de pêcheurs. Il pourrait s’agir d’une personne ayant essayé d’atteindre les côtes des Baléares à bord d’un bateau de fortune.

Le 29 octobre, le corps d’une personne noyée est retrouvé à 25 milles au large de Palma de Mallorca aux îles Baléares.

Le 2 novembre, le corps d’une personne noyée a été retrouvé sur la côte de Mallorca aux îles Baléares.

Le 2 novembre, un bateau avec un groupe de 25 personnes à bord arrive à la plage de Granatillas à Mojácar à Almería. Le groupe compte un mort à son arrivée, ainsi que 12 personnes blessées, dont une est transféré à l’hôpital.

Le 3 novembre, le corps d’une personne ayant probablement souhaité rejoindre Ceuta à la nage q été été retrouvé au large entre Almadraba et Tarajal.

Le 3 novembre, le corps d’une personne a été retrouvé aux falaises du port de Carboneras à l’est d’Almeria en Espagne.

Le 5 novembre, un bateau avec environ 200 personnes à bord part de Gambie et est porté disparu depuis.

Le 9 novembre, le corps d’une personne a été retrouvé échoué à la plage de Tarajal à Ceuta.

Le 10 novembre, un groupe d’environ 200 personne part de Gambie pour les Îles Canaries par la route atlantique. Depuis, il n’y a pas eu de contact avec le bateau et le groupe est porté disparu.

Le 12 novembre, au moins une personne est décédée à bord d’un bateau intercepté par les gardes-côtes algériens alors qu’il faisait route vers les îles Baléares après être parti de Tipaza. Les cinq autres passagers ont survécu.

Le 12 novembre, 14 personnes ont disparu après avoir quitté Dellys en Algérie en route pour les îles Baléares.

Le 13 novembre, un bateau en route vers les îles Canaries avec plusieurs centaines personnes à bord fait naufrage au large de Nouadhibou en Mauritanie. Le bateau est parti de Gambie et a passé 13 jours en mer avant de chavirer. Le décès de sept personnes est confirmé, d’autres personnes sont portées disparues. Plusieurs des passager·es étaient des jeunes de Bonfi, un quartier de Conakry en Guinée.

Le 13 novembre,une personne tombe à l’eau lors d’une traversée en bateau. Son corps sans vie est retrouvé par Salvamento Marítimo à 55 milles au sud-est de Carthagène en fin d’après-midi. 17 autres personnes à bord sont secourues. L’alerte avait été lancée par un navire marchand le matin même.

Le 14 novembre,12 personnes quittent l’Algérie pour la Sardaigne à bord d’un bateau. Une semaine plus tard, le groupe est toujours porté disparu et les autorités italiennes refusent de fournir des informations.

Le 15 novembre, un bateau parti d’Algérie le 10 novembre avec 15 à 18 personnes à bord fait naufrage. Cinq personnes y perdent la vie. Les personnes survivantes sont ramenées et détenues en Algérie.

Le 16 novembre, le corps d’une personne est retrouvé sur la côte de Carnatge, environ à 8 kilomètres au sud-est de Palma de Mallorca aux îles Baléares.

Le 17 novembre, cinq personnes ont été secourues au sud de Cabrera, après avoir été à la dérive depuis neuf jours. Le bateau était parti d’Algérie avec 23 personnes à bord. Les personnes personnes disparues auraient sauté par dessus bord pendant la traversée.

Le 17 novembre, près de 100 personnes, dont environ 50 femmes et quelques enfants, part de Jinack en Gambie vers les Îles Canaries. Le bateau est porté disparu depuis.

Le 18 novembre, le corps d’une personne noyée est retrouvé à la plage Fuente Caballos à Ceuta.

Le 20 novembre, une pirogue avec 227 personnes épuisées et certaines inconscientes à bord, dont 12 femmes et deux enfants, est interceptée par la Marine royale marocaine. Au moins sept personnes sont mortes de froid, de faim et de soif pendant la traversée et leurs corps livrés à l’Atlantique. Le bateau était partie de Gambie, avec un premier embarquement à Bafaloto à environ 20 kilomètres de Banjul, puis un deuxième à Barra, en direction des îles Canaries. Le groupe a dérivé pendant près de 10 jours dans l’Atlantique.

Le 22 novembre, un bateau de 22 personnes ayant quitté Bourmedès en Algérie le 10 novembre fait naufrage. Seulement cinq personnes ont survécu et sont à l’hôpital à Ibiza. Des corps sont encore portés disparus.

Le 27 novembre, le corps d’une personne est retrouvé au large de la côte de Benzu à Ceuta.

Le 29 novembre, le corps sans vie d’un des passager d’une pirogue partie du Sénégal pour les îles Canaries a été retrouvé à Félane. 115 personnes ont été arrêtées par les gendarmes des brigades de Foundiougne et de Joal.

Le 29 novembre, un corps est retrouvé dans la baie de La Restinga suite à l’alerte d’un habitant du village ayant aperçu une personne nager dans cette zone. Il s’agissait de Souleymane Foreseri, un des passagers de la pirogue arrivée à El Hierro le matin du même jour après avoir été secourues à moins de deux kilomètres de La Restinga. Le 2 décembre, il est inhumé et enterré au cimentière El Mocanal, à Valverde. 214 personnes ont survécu, dont 22 femmes et cinq mineurs. Ces passager·es témoignent que trois autres personnes sont décédées pendant la traversée.

Le 30 novembre, plus de 121 personnes entre 15 et 35 ans ont été secourues par Salvamento Marítimo à 30 km au sud de El Hierro aux îles Canaries. Le groupe est parti en bateau de Jinack en Gambie le 21-22 novembre.Quatre personnes à bord de la pirogue sont décédées pendant la traversée. 13 personnes ont été emmenées à l’hôpital et au moins une d’entre elle avec un état de santé grave pour cause d’hypothermie.

Le 3 décembre, le corps d’une personne noyée est retrouvé au large de la côte de Benzu à Ceuta.

Le 5 décembre, un bateau part de Nuimi Jinack en Gambie et ayant fait une escale à Mbour au Sénégal. Plus de 250 personnes sont à bord, dont 29 femmes et enfants, majoritairement subsaharien·nes et 164 gambien·nes. Le bateau est aperçu pour la dernière fois la nuit du 5 au 6 décembre par des pêcheurs aux alentours de Mbour au Sénégal. Des recherches sont menées au Sénégal, en Mauritanie, au Maroc, au Cap-Vert et aux Canaries (El Hierro, Las Palmas, Tenerife), mais aucune trace de l’embarcation n’a été identifiée. Selon les informations recueillies, le bateau n’a pas atteint l’Espagne. Tout indique qu’il a coulé et qu’aucune personne survivante n’a été retrouvée.

Le 8 décembre, un bateau parti de Bourmedès fait naufrage à 32 milles de la côte algériennes. Un bateau marchand donne l’alerte en apercevant l’épave et porte secours à deux personnes. D’après le témoignage de ces deux survivants, le groupe comptait 22 personnes, toutes d’origine somalienne, dont sept jeunes femmes. 20 personnes ont donc disparu dans ce naufrage.

Le 10 décembre, 89 sénégalais sont interceptées par les autorités mauritaniennes au large de Nouadhibou après sept jours en mer. Au moins quatre passager·es sont mort·es pendant la traversée, dont une femme et Khadim Ndiaye et Cheikh Ndiaye, originaires de Touba. Deux sont tombés à l’eau en raison de la mer agitée, un autre a été retrouvé mort après s’est intoxiqué des vapeurs de carburant en voulant se réfugier dans la caisse contenant les bidons de carburant contre le froid, le quatrième est mort lors de sa prise en charge à Nouadhibou selon la police. Le groupe témoigne que le bateau est parti de Gambie et qu’ils ont rebroussé chemin après sept jours en mer à cause de l’épuisement des vivres.

Le 10 décembre,un bateau parti de Zeralda en Algérie en direction des Baléares a été retrouvé à la dérive à 150 km des côtes algériennes par un pétrolier maltais. Le pétrolier leur a porté assistance jusqu’à l’arrivée des autorités algériennes. Dans le groupe de 24 personnes à bord, seules dix personnes ont survécu. Parmi les personnes décédées, trois frères et sœurs, Ranima (12 ans), Zizo (3 ans) et Abdelilah (18 mois), ont perdu la vie pendant la traversée. Leurs parents, dont la mère enceinte de neuf mois, ontréussi à survivre mais on été incarcérés en Algérie.

Le 11 décembre, dix personnes sont décédées dans un naufrage entre l’Algérie et les Baléares – cinq corps ont été retrouvés et cinq ont disparu en mer. Parmi les victimes figurent cinq des six enfants (tous les plus jeunes), trois femmes dont une enceinte de neuf mois, et deux hommes. Le bateau est parti le 9 décembre depuis la côte de Tipaza, avec un groupe de 23 personnes à bord, toutes algériennes. 13 ont survécu, secourues par les autorités algériennes suite au repérage de l’épave par un avion de reconnaissance de Salvamento Maritimo.

Le 11 décembre, un groupe de 17 personnes part d’Alger par la mer Méditerranée. Le 5 janvier, le groupe est toujours porté disparu.

Le 11 décembre, un groupe d’environ 10 personnes à quitté Mostaganem en Algérie pour l’Espagne. Plus d’une semaine plus tard, le groupe est toujours porté disparu.

Le 11 décembre, un groupe de 17 personnes part d’Alger à bord d’un bateau par la mer Méditerranée. Les proches sont sans nouvelles et le groupe est porté disparu depuis.

Le 14 décembre, le corps d’une personne est retrouvé sur la plage de San Lorenzo à Mellila en Espagne.

Mi-décembre, Mohamed Allou, 22 ans, disparaît alors qu’il avait pour objectif de rejoindre Mellila.

Le 24 décembre, Soufiane Bahida, 27 ans, disparaît lui aussi en mer, en souhaitant rejoindre Mellila à la nage depuis Nador.

Le 24 décembre, une pirogue en route vers les îles Canaries, avec environ 200 personnes à bord, fait naufrage au large de Joal, dans le département de Mbour au sud de Dakar. 12 corps sans vie ont été retrouvés, une trentaine de personnes ont survécu. De nombreuses personnes sont portées disparues.

Le 25 décembre, une pirogue transportant 200 personnes chavire à Joal au Sénégal, faisant 12 morts. 31 personnes sont secourues et mises en détention par la police.

Le 28 décembre, un groupe de 14 personnes à bord d’un petit bateau quitte Annaba en Algérie pour l’Italie, et est porté disparu depuis.

Le 28 décembre, un naufrage a lieu en Méditerranée occidentale. Seulement deux des 21 personnes à bord ont survécu et sont refoulées dans le désert au Niger par les autorités algériennes.

Le 29 décembre, le corps d’une personne noyée est retrouvé entre Cala Millor et Sa Coma aux îles Baléares.

Le 29 décembre, le corps d’une personne noyée est retrouvé sur la palge de Calamocarro à Ceuta.

Le 29 décembre, le corps d’une personne noyée a été retrouvé flottant dans les eaux de la Punta de n’Amer, sur la route des Baléares.

Le 29 décembre, un groupe de 18 personnes part d’Alger pour l’Espagne à bord d’un bateau par la mer Méditerranée. Malgré les recherches menées par les autorités, le bateau reste introuvable. Une semaine après leur départ, aucune arrivée aux Îles Baléares ne semble correspondre à la description de ce groupe, semblant indiquer un nouveau naufrage invisible.

Le 30 décembre, le corps d’une personne noyée est retrouvé sur la plage de Sarchal à Ceuta. Le nombre de personnes décédées sur les côtes de Ceuta en essayant de traverser à la nage depuis le Maroc s’élève à 46 personnes en 2025, c’est à dire plus du double qu’en 2024. Il s’agit en majorité de personnes marocaines et algériennes. Trois des personnes décédées étaient d’origine subsaharienne.

Le 30 décembre, 27 personnes quittent Essaouira au Maroc pour les Îles Canaries. Le 11 janvier, les proches restent sans nouvelles et le groupe est toujours porté disparu.

Alarmphone on X

🆘 ~43 people in distress in the Central Med!
This morning we lost contact with a group fleeing from #Libya in a rubber boat. Authorities have been informed 12 hours ago, but say they have no information about the boat. Where are they? #Dontletthemdrown!

🆘 ~75 people in distress in the central Mediterranean!

We have alerted authorities to the distressed. A merchant vessel that could have rescued left, due to orders by RCC #Malta. We call on authorities to stop these potentially lethal practices! Rescue now!

El Hishri Trial: Detention crimes in #Libya finally before the ICC!

Alarm Phone supports all those who speak out against the crimes of #ElHishri and stands in solidarity with all survivors and victims of international crimes in Libya.

Load More