Analyse régionale de la Méditerranée occidentale

“Après les hommes, ce sont les femmes et les enfants qui se perdent sur les nouvelles routes migratoires. Entre autres, elles et ils nourrissent la Méditerranée et l’Atlantique.” Artiste: Ndööndy AW

La période couverte dans le cadre de cette analyse régionale de la Méditerranée Occidentale par Alarm Phone est, bien sûr, une période exceptionnelle en raison de l’impact du Covid-19 dans le pays de transit, à savoir le Maroc. Les tentatives de traversée ont failli être interrompues sur la plupart des routes de la Méditerranée occidentale. Seul le passage vers les îles Canaries est resté quelque peu ouvert. Outre le fait de maintenir la ligne téléphonique de détresse en service et d’accompagner 7 bateaux dans leurs périlleux périples à travers les routes maritimes occidentales, l’Alarm Phone a tenté de soutenir ses membres ainsi que les communautés de personnes en transit ; un acte de solidarité avec celleux dont la situation déjà précaire a été d’autant plus ébranlée durant ces temps difficiles de confinement au Royaume du Maroc.

Table des matières

  1. Covid-19 en Méditerranée occidentale
  2. Traversées maritimes et expériences d’AP
  3. Nouvelles des régions
    3.1 Tanger et le détroit de Gibraltar
    3.2 Nador et les forêts
    3.3 La route du Sahara occidental
    3.4 Oujda
    3.5 Les enclaves : Ceuta et Melilla
  1. Naufrages et personnes disparues

 

1 Covid-19 en Méditerranée occidentale

Comme partout ailleurs, la vie a été dominée pendant trois mois par la crise provoquée par la propagation du virus Covid-19. Et comme partout ailleurs, au Maroc, celleux qui doivent vivre dans les conditions les plus précaires sont les plus touchés. Ce groupe comprend les voyageur.euses qui tentent d’entrer dans l’UE via le Maroc. Les personnes en transit sont parmi les plus exposées au risque d’infection par le Covid-19. Mais, surtout, elles sont les plus vulnérables aux conséquences socio-économiques de l’urgence sanitaire. La vie publique est quasiment paralysée,  le Maroc ayant mis en place l’une des réglementations les plus strictes en réponse à la crise. Seuls les commerces les plus essentiels sont ouverts, le système de transport public est quasiment entièrement suspendu. En outre, un couvre-feu est entré en vigueur. Il faut être muni d’un permis officiel pour pouvoir circuler dans les rues. Il n’est possible de demander un tel permis que dans votre propre quartier résidentiel. Dans chaque ménage, une seule personne est autorisée à demander un permis. Les autres membres du ménage ne sont pas autorisés à s’éloigner de plus de 150 m de leur lieu de résidence. Ces règles sont strictement appliquées par la police. En outre, ceux qui doivent se rendre sur leur lieu de travail ou chez le médecin ont besoin d’un permis pour y aller et après 18h, personne n’est autorisé à être dans la rue. Pour se rendre dans d’autres villes, il est nécessaire de donner des raisons valables. Toute personne qui ne respecte pas ces exigences peut s’attendre à une amende de 30 à 100 euros ou même à une peine de prison allant de 1 à 6 mois. Pour les personnes sans papiers, il y a très peu de chances d’obtenir ces permis. Dans quelques villes, il était possible d’obtenir un permis si vous vous rendiez aux autorités accompagné d’un employé d’une ONG. Cependant, la plupart des personnes sans permis de séjour ont dû rester dans leur appartement sans aucun moyen de subvenir à leurs besoins essentiels. Les voyageur.euse.s titulaires d’un permis de séjour régulier sont également victimes de discrimination lorsqu’ils et elles demandent un permis de circulation. De nombreuses personnes se sont vu refuser un tel permis en dépit de leurs papiers. En conséquence, les voyageur.euse.s sont souvent arrêtés par la police parce qu’ils et elles n’ont pas de papiers officiels. Bien que l’État marocain ait annoncé plusieurs mesures destinées aux populations vulnérables, aucune de ces mesures n’a été prise à ce jour à l’égard des 80 000 voyageur.euse.s subsaharien.ne.s vivant dans l’État marocain.

Le Covid-19 alimente également le racisme envers les personnes en exil, notamment par le biais de commentaires injurieux et même d’agressions physiques envers les Noir.e.s. Le 5 mars, l’hebdomadaire “Le Rapporteur” a choisi de publier la photo d’un jeune homme noir cachant son visage sous le titre “1er cas de coronavirus au Maroc : qui est responsable ?” Le premier décès, et les redacteur.ice.s le savaient très bien, était celui d’une femme de 87 ans de nationalité marocaine. Au moins, cette publication raciste a suscité l’indignation sur les réseaux sociaux, mais elle montre une fois de plus l’étendue du racisme profondément ancré et décomplexé auquel les Noirs sont confrontés au Maroc (et, bien entendu, ailleurs).

La situation des personnes en transit au Maroc était déjà précaire avant la crise et s’aggrave aujourd’hui. La plupart n’ont pas de permis de séjour et travaillent dans le secteur informel, sur les marchés de rue ou sur les chantiers de construction. Beaucoup de femmes avec enfants n’ont d’autre choix que de demander de l’argent dans la rue. Ces ressources ont maintenant complètement disparu et les femmes se retrouvent sans autre source de revenus. Par conséquent, de nombreuses personnes ne pourront plus payer leur loyer et perdront leur logement. Les gens dépendent des propriétaires pour suspendre ou réduire le loyer, ce qui, heureusement, arrive souvent.

Seules les personnes de nationalité marocaine reçoivent une aide de l’État sous forme de rations alimentaires ; les Subsaharien.ne.s et les autres nationalités (principalement les Syrien.ne.s et les Bangladais.e.s) repartent les mains vides. De petites associations indépendantes tentent de soulager la misère en distribuant de la nourriture, mais ne couvrent  pas tous les besoins. Nous entendons sans cesse des personnes, principalement des mères célibataires, nous dire qu’elles n’ont plus assez de nourriture et qu’elles souffrent de la faim. Les personnes souffrant de maladies chroniques n’ont pas accès aux soins car les unités hospitalières sont mobilisées contre la pandémie. Cette crise a déjà un effet dévastateur sur la situation des personnes en transit. Ce n’est pas près de se terminer. L’état d’urgence a été prolongé jusqu’au 10 juin.

2 Traversées maritimes et expériences d’AP

Selon les données de l’HCNUR, au 24 mai 2020, 7 266 personnes étaient arrivées en Espagne cette année. 3 717 sont arrivées en traversant la Méditerranée, 2 303 voyageur.euse.s sont arrivés aux îles Canaries et 1 246 traversées ont été enregistrées vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

Ces chiffres sont relativement faibles (sauf pour les îles Canaries). C’est particulièrement vrai pour le mois d’avril, où seules 542 tentatives de traversée ont été couronnées de succès (en avril 2019, 1 539 personnes avaient réussi à franchir les frontières de la Méditerranée occidentale). Le graphique suivant montre l’évolution des arrivées mensuelles en Espagne depuis 2018, telles que comptabilisées par l’HCNUR :

L’Alarm Phone a également été moins sollicité en Méditerranée occidentale par rapport à la même période des années précédentes. Sur les 7 cas traités par l’AP, 5 bateaux étaient en route vers les îles Canaries et deux ont tenté de traverser le détroit de Gibraltar.

Dans certains cas, il a été difficile de confirmer le nombre exact de personnes à bord des bateaux. Cependant, nos rapports estiment que les 7 bateaux transportaient un total de 260 personnes qui tentaient de traverser vers l’Espagne. Seuls 2 bateaux ont atteint les îles Canaries, transportant 58 personnes à eux deux. Un bateau est finalement rentré au Maroc. Dans le cas d’un bateau de 36 personnes, nous n’avons pu confirmer ni leur arrivée ni leur retour car nous avons perdu le contact avec elles. À la fin du mois de mars, nous avons dû faire le suivi d’un horrible naufrage au large de Tan Tan. 43 personnes se sont perdues en mer et seules 21 d’entre elles ont survécu (principalement des ressortissant.e.s guinéen.ne.s). Dans le détroit de Gibraltar, les deux groupes de voyageur.euse.s qui nous ont contactés ont finalement été intercepté.e.s par la marine marocaine. Nous n’avons reçu aucun appel en provenance de la mer d’Alboran pendant la période couverte par ce rapport.

Il existe des rapports intéressants sur une nouvelle “tendance” migratoire de Tarifa à Tanger : des traversées maritimes inversées de l’Espagne vers le Maroc. Différents journaux rapportent que des Marocains tentent d’organiser leur voyage de l’Espagne au Maroc pour rejoindre leur famille en cette période de Covid-19. Un membre de l’AP à Tanger, K., rapporte qu’il n’y a pas d’informations fiables sur ce phénomène pour le moment. Nous continuons de chercher des informations fiables sur le sujet

3 Nouvelles des régions

3.1 Tanger et le détroit de Gibraltar

Le 8 mars 2020, les femmes de l’équipe locale d’Alarm Phone ont participé à l’organisation de la manifestation de la Journée internationale de luttes pour les droits des femme à Tanger. Elle s’est déroulée devant le Cinéma Riff au Grand Socco. Avec des féministes marocaines, des femmes subsahariennes mobilisées pour la liberté de circulation, des mères célibataires et quelques Européennes, elles sont descendues dans la rue et ont chanté des slogans tels que “Solidarité avec les femmes du monde entier ! “Élevez la voix, emparez vous de vos droits” en arabe et en français. Ce jour-là, quelque 800 femmes* ont formé un cortège puissant et “empouvoirant” dans cette ville du Nord marocain[1]. Personne n’imaginait la façon dont, quelques jours plus tard, la pandémie viendrait bouleverser la vie à Tanger.

Les membres de l’organisation d’Alarm Phone à Tanger signalent que les mesures d’endiguement de l’épidémie ont encore aggravé la situation des migrant.e.s dans la ville. Les traversées de Tanger vers l’Espagne sont devenues pratiquement impossibles pendant cette période. Les autorités marocaines ont systématiquement arrêté toute personne soupçonnée de quitter le pays par bateau. Les voyageur.euse.s vivant à Tanger souffrent également du fait qu’il est devenu impossible de mendier de l’argent dans les rues et de trouver des places d’hébergement pour la nuit. Iels dépendent donc d’autant plus de la bonne volonté des ONG. Cependant, les organisations humanitaires, comme le reste de l’économie du pays, sont au point mort. Au tout début du confinement, les autorités marocaines ont aidé les migrants en leur offrant des paniers repas et un abri à Boukhalef, un quartier de Tanger. Mais cette aide n’a pas été complète et a été de courte durée. La majorité des voyageur.euse.s ont dû trouver abri dans les forêts autour de la ville. Face à la négligence du gouvernement, des associations telles que Caritas ont apporté leur aide aux migrant.e.s. La solidarité entre les migrant.e.s a été forte et efficace. Par exemple, K., un membre actif de l’ Alarm Phone à Tanger, rapporte : “Même avec mon peu d’argent, j’ai aidé les migrants avec de petites choses mais aussi en partageant ma maison avec d’autres femmes. Pendant le Ramadan, j’ai offert de la soupe et des vêtements à celles et ceux qui en avaient le plus besoin”.

Concernant les traversées maritimes de Tanger vers l’Espagne, les membres de l’AP au Maroc rapportent : “La fin du confinement est prévue pour le 10 juin, mais en attendant, nous continuons de surveiller les déplacements des migrant.e.s. Nous pouvons dire que les traversées sont presque inexistantes car la marine est à l’affût”. Les rares personnes qui ont réussi à “toucher l’eau”, ont été rapidement interceptées par la Marine royale : Nous avons eu connaissance d’environ 8 zodiacs qui ont tenté de traverser vers l’Espagne au cours des deux derniers mois. Ils ont tous été interceptés[2].

Si le nombre d’expulsions de Subsaharien.ne.s à Tanger avait diminué avant le début du confinement, la situation juridique des migrant.e.s n’a, quant à elle, pas du tout changé. Pour la plupart, ils et elles sont en situation irrégulière et ne peuvent toujours pas faire valoir leurs droits. C’est pourquoi, malgré la pandémie de Covid-19, les personnes en transit continuent de se concentrer sur les possibilités de traverser la Méditerranée et d’atteindre l’Europe, du fait de leurs terribles conditions de vie au Maroc.

3.2 Nador et les forêts

Pendant que les restrictions liées au Covid-19 étaient en place, peu de gens ont pu tenter la traversée maritime depuis la région autour de Nador. En suivant les aperçus hebdomadaires des arrivées en Espagne, publiés par le HCNUR, nous constatons que durant des semaines aucun Boza (“Victoire” – le mot utilisé pour les arrivées réussies) n’a été enregistré et ce sur aucun des itinéraires conduisant à l’Espagne continentale. Peu de bateaux ont réussi à déjouer la sécurité renforcée, certains groupes ont été appréhendés par les forces marocaines alors qu’ils étaient encore en route vers la côte. Par exemple, l’Association marocaine des droits de l’homme, AMDH Nador, rapporte qu’aux alentours de Bouareg, Nador, le 30 avril, 26 personnes ont été arrêtées ainsi qu’un autre groupe de 11 personnes le lendemain. Les deux groupes étaient en route vers la mer.

La forêt de Bekoya a été attaquée par les forces marocaines le 10 mars. Un camp composé principalement de femmes et d’enfants a été détruit et leurs téléphones et autres biens ont été pillés. Par la suite, les raids et les arrestations dans les forêts et les camps de fortune des voyageur.euse.s autour de Nador semblent avoir diminué jusqu’à la mi-avril, probablement en raison du premier choc du Covid-19.

Mais à partir de la mi-avril, “Boumla” a continué : L’AMDH Nador signale des raids le 14 avril à Bekoya et Bolingo. Des voyageur.euse.s ont été arrêté.e.s sans aucun respect des mesures de sécurité liées Covid-19. “Sans respecter les normes d’éloignement et de non rassemblement, ces migrant.e.s arrêté.e.s ont été embarqué.e.s en groupe dans des véhicules. Les femmes avec leurs enfants viennent d’être refoulées vers une destination indéterminée, alors que les hommes sont toujours arrêtés au centre d’enfermement d’Arekmane.”(AMDH Nador).

Le centre de détention d’Arekmane est un ancien centre de vacances du ministère de la jeunesse et des sports que les autorités ont transformé en centre de détention. C’est un lieu de lutte. Les conditions de détention fixées par la loi 02-03 relative à l’entrée et au séjour des étranger.e.s au Maroc, qui précise la base juridique et la durée possible de la détention, ainsi que les droits des détenu.e.s et les garanties d’une procédure régulière, sont totalement ignorées à Arekmane. Il convient de noter que cette situation se répète dans tous les autres établissements où des voyageur.euse.s sont détenu.e.s au Maroc.

L’AMDH rapporte également des raids le 15 avril à Afrah et dans un quartier appelé “la carrière”. Au cours de ces raids, les camps, qui à l’époque étaient principalement peuplés de femmes, ont été détruits et brûlés par les forces marocaines. Le 22 avril, 22 ressortissant.e.s subsaharien.ne.s ont été arrêté.e.s dans une maison à Beni Ensar et ont été amené.e.s au centre de détention illégal d’Arekmane.

Malgré cela, d’après nos contacts locaux, les choses semblent beaucoup plus calmes. De nombreux.ses voyageur.euse.s se sont retiré.e.s dans les forêts pour échapper aux restrictions strictes liées au Covid-19 et au confinement en vigueur dans les villes. Cependant, même si les forces marocaines n’ont pas pillé les camps depuis un certain temps déjà, la situation et les conditions de vie restent extrêmement précaires. Il est souvent interdit aux ONG de fournir de l’aide aux voyageur.euse.s isolé.e.s dans les forêts de la région. Ces dernier.e.s n’étant pas autorisé.e.s à sortir librement des camps pour espérer trouver de la nourriture, beaucoup se retrouvent dans une situation très difficile.

La répression judiciaire envers les migrant.e.s reste prégnante, même pendant cette période où le nombre de traversées a fortement diminué. L’AMDH Nador rapporte le 11 mai que sur un groupe de 12 ressortissant.e.s sénégalai.se.s arrêtés le 29 avril à Driouch, à environ 60 km au sud-ouest de Nador, 3 ont été accusé.e.s d’être des “trafiquant.e.s” et ont déjà été condamné.e.s à 1 et 2 mois de prison ainsi qu’à une amende de 5000 MAD (environ 500 €).

Le 27 avril, l’ancien président et actuel vice-président de l’AMDH Nador, Omar Naji, a été arrêté par la police marocaine après avoir utilisé Facebook pour dénoncer la confiscation de biens de vendeurs de rue à Nador. Il est accusé de diffamation à l’égard des forces publiques et de diffusion de fausses informations. Il a été libéré après avoir payé une caution de 10 000 MAD un jour plus tard. La première audience dans son affaire est prévue pour le 2 juin. L’arrestation de Naji prouve une fois de plus que les médias, y compris les réseaux sociaux, sont contrôlés en temps réel par l’État marocain, mais, Naji etant un membre de haut rang de l’AMDH, il y a probablement plus en jeu pour l’État marocain dans cette procédure que le simple contenu véridique de son post sur Facebook.

3.3 La route du Sahara occidental

Au cours des trois derniers mois, les personnes se rendant aux îles Canaries ont dû faire face non seulement au Covid-19 et à un niveau accru de répression policière, mais aussi à des conditions météorologiques épouvantables. Entre le 5 et le 20 mars, aucun bateau n’a pu traverser à cause du phénomène météorologique des tempêtes de sable de Calima. Il y a eu peu de traversées à la mi-avril, également en raison des mauvaises conditions météorologiques. Le renforcement des mesures de sécurité et des contrôles, non seulement en raison du Covid-19 mais aussi de la pression politique, ne dissuade pas les gens de voyager mais pousse les départs plus loin vers le sud, par exemple vers Dakhla et la Mauritanie. Cela augmente la durée et, par conséquent, le danger de l’itinéraire. Par exemple, le premier bateau arrivé aux îles Canaries depuis le début de la crise du Covid-19, était parti une semaine plus tôt de Nouadhibou (nord de la Mauritanie), transportant 45 personnes. Malgré le niveau de danger et de répression, de nombreuses personnes n’ont pas d’autre choix que de voyager, car les conditions de vie depuis le Covid-19 n’ont fait qu’empirer au Maroc. B., un militant de l’ Alarm Phone à Laayoune décrit la situation comme suit :

“Les migrant.e.s sont vraiment épuisé.e.s à cause de l’état d’urgence que le Maroc a décrété il y a trois mois. Cela signifie que les gens restent chez eux afin de respecter les mesures de sécurité, mais c’est difficile car leur vie quotidienne dépend du commerce informel, il n’y a pas d’activité commerciale, pas de revenus. Sans les actes de solidarité de certaines organisations et associations qui ont apporté leur aide, ce serait catastrophique pour les migrant.e.s”.

Pourtant, les mesures de confinement et la perte de revenus ne représentent pas le seul défi à surmonter pour les personnes qui cherchent à traverser vers les îles Canaries. Les arrestations arbitraires dans les rues se poursuivent (pour ne pas avoir porté de masque, pour être sorti.e dans la rue le soir, etc.), et des arrestations de “quarantaine” sont effectuées lorsque des bateaux tentent de quitter les côtes.

         Arrestation de voyageur.euse.s sur les côtes marocaines, à 100 km de Laayoune. Du fait du Covid-19, les personnes ne sont pas libérées après quelques heures ou quelques jours passés dans un centre de détention, mais sont mises en quarantaine sans aucune information claire sur la durée de leur détention. Source : Sahara Whatsapp Pictures

 

 Cela veut dire que des dizaines de personnes sont détenues dans des centres de détention improvisés qui ne respectent manifestement aucune norme sanitaire. Par exemple, plus de 100 personnes ont été arrêtées et détenues ensemble à Laayoune à la mi-avril, et environ 140 à Dakhla au cours de la même période. Début mai, un épisode de violence policière des plus brutals s’est produit à Laâyoune. Une bagarre a éclaté entre certain.e.s détenu.e.s et certain.e.s flics (Force auxiliaire). Des coups de feu ont été tirés et quatre détenu.e.s ont été gravement blessé.e.s par des balles en caoutchouc. Les détenu.e.s blessé.e.s ont été emmené.e.s à l’hôpital mais ont été condamné.e.s à une amende de 500dh (~50€) par le juge local. B. de Laayoune explique la raison de la rébellion : “Ils et elles avaient passé plus d’un mois et demi en quarantaine au centre de détention. Chaque jour, on leur disait qu’ils et elles pouvaient partir mais ça n’a jamais eu lieu. Les migrant.e.s en avaient assez, c’est ce qui a déclenché les heurts”. Au moment où nous écrivons ces lignes, 78 personnes sont toujours détenues au centre de détention de Foum-el-wad à Laayoune, et 4 personnes à Tarfaya sans aucune information sur la date de leur libération.

Malgré les restrictions liées au Covid-19 et malgré la météo, les gens s’organisent et voyagent. À la mi-mai, 2 237 personnes étaient passées aux îles Canaries. A titre de comparaison, 372 traversées ont eu lieu entre le 1er janvier et le 31 mai 2019. Autrement dit, les arrivées aux îles Canaries sont toujours plus de six fois supérieures à celles de la même période l’année dernière. Et ce, malgré des facteurs externes qui rendent les départs plus difficiles. Il n’est pas surprenant que plus d’un tiers des arrivées en Méditerranée occidentale se fassent aux îles Canaries. Selon le HCNUR, les voyageur.euse.s sont pour la plupart d’origine malienne, sénégalaise, guinéenne et ivoirienne, ainsi que quelques Marocains. Environ 20% d’entre eux et elles sont des femmes, 12% sont des enfants – un pourcentage beaucoup plus élevé que sur d’autres itinéraires en Méditerranée occidentale. Deux histoires véritablement héroïques de certaines de ces femmes et de ces enfants ont fait leur apparition dans les médias : Le 28 avril, un bébé est né en mer avant que le bateau ne soit secouru par Salvamento Maritimo, ce qui en fait le troisième accouchement en mer cette année. Plus étonnant encore, une jeune fille du nom de Mace (7 ou 8 ans) a réussi à se rendre seule aux îles Canaries, sans être accompagnée d’aucun adulte. S’il n’est pas rare de trouver des mineur.e.s non accompagné.e.s au sein d’un groupe de voyageur.euse.s, des travailleur.euse.s des îles Canaries ont été surpris du très jeune âge de Mace. Bienvenue en Europe à Mace et à tou.te.s les autres qui sont arrivé.e.s à bon port.

Mace, un très jeune voyageuse qui s’est rendue aux îles Canaries sans être accompagnée d’aucun adulte, fin mars. Source: José María Rodríguez (EFE) for Canaria7.es

Cependant, tant de personnes qui ont pu partager les rêves, les plans et la détermination de Mace n’ont jamais réussi à traverser la mer. La route vers les îles Canaries reste de loin la route la plus meurtrière de toute la région de la Méditerranée occidentale. Selon les chiffres cités par l’ONG Caminando Fronteras, 245 personnes ont perdu la vie entre janvier et mars 2020 sur la route des Canaries, ce qui représente 85 % de tous les décès en Méditerranée occidentale (les données officielles du HCNUR ne mentionnent que 133 mort.e.s ou disparu.e.s pour la même période). C’est-à-dire : Chaque semaine de janvier à mars, près de 20 personnes sont mortes en route vers les îles Canaries, tandis qu’environ 125 sont arrivées saines et sauves et qu’un nombre inconnu a été intercepté par le Maroc. 90 % des voyageur.euse.s disparu.e.s n’ont jamais été retrouvé.e.s et leurs proches n’ont même pas de corps à enterrer.

La gravité de la situation peut être illustrée par le pic de traversées à la fin du mois de mars. Entre le 26 et le 31 mars, le Salvamento Maritimo était à la recherche de 11 bateaux au total. L’un d’eux a sombré, seuls 3 des 39 survivant.e.s ont été récupérés par la Marine Royale. Ils et elles ont été détenu.e.s à Dakhla. Un autre bateau a été intercepté par la Marine Royale, et 5 bateaux ont été sauvés par le Salvamento Maritimo, dont un seulement après une semaine complète en mer. Mais le sort des quatre autres bateaux reste incertain. À moins d’une erreur d’information ou de comptage, ces bateaux ont certainement disparu à jamais dans les profondeurs de l’Atlantique, emportant avec eux des dizaines de passager.e.s.

Les chanceux.ses qui réussissent à traverser l’océan n’échappent cependant en rien à la situation désastreuse provoquée par le Covid-19, situation qu’ils et elles connaissaient déjà au Maroc. Fin mars, le CIE Barranco Seco de Las Palmas a enregistré deux cas positifs. Ce centre tristement célèbre a rouvert ses portes l’année dernière, malgré son état de délabrement. Après l’épidémie, un juge a ordonné sa fermeture, mais il a fallu un certain temps pour reloger ses détenu.e.s. C’est une bonne chose que le Covid-19 ait conduit à mettre fin aux déportations pour le moment, mais il y a un manque criant de matériel de protection et un manque d’espace, qui rendent impossible le respect des mesures sanitaires. Un syndicat de police a actuellement demandé la suspension de la période habituelle de détention administrative de 72 heures à l’arrivée, car les commissariats ne sont pas équipés pour garder les personnes en quarantaine. Les nouveaux.lles arrivant.e.s dorment actuellement sur des matelas dans d’anciennes cellules de prison ou même dans les couloirs qui les séparent. Dans le même temps, les transferts vers le continent espagnol ont cessé. Paloma Faviedes, experte en droit d’asile, accuse le gouvernement de mener une politique de dissuasion : “Le message que le gouvernement veut envoyer est clair, bien que personne ne le dise à haute voix : entrer aux îles Canaries n’est pas la même chose qu’entrer en Europe”.

3.4 Oujda 

Le 10 mai, une vingtaine de personnes, déportées de Nador en Algérie, ont contacté les membres d’Alarm Phone. Elles ont envoyé une vidéo montrant qu’elles avaient été chassées vers les montagnes et que les Forces auxiliaires marocaines leur avaient volé leur téléphone et leur argent. Lorsqu’ils et elles ont été amené.e.s sur le territoire algérien, la police des frontières a pris ce qui leur restait. En plus de la pandémie, cette période correspondait à celle du Ramadan et les gens, jeté.e.s au milieu de nulle part, ont été confronté.e.s à un problème d’approvisionnement en nourriture et en aide de toute sorte. Nous n’avons pas pu rétablir le contact une fois que tous leurs téléphones avaient été volés. Environ une semaine plus tard, nous avons appris que certain.e.s d’entre elles et eux avaient réussi à se rendre à Oujda, d’autres auraient continué jusqu’à Oran en Algérie. Nous n’avons pas encore réussi à reprendre contact, mais nous allons continuer le suivi de ce cas de refoulement illégal et de mise en danger de la vie d’autrui.

Au cours des trois derniers mois, selon les travailleur.euse.s des associations de santé, il y a eu plus d’arrivées de voyageur.euse.s subsaharien.ne.s à Oujda qu’auparavant. On suppose qu’au moment du Covid-19, il y a plus de soutien et de meilleures conditions de vie au Maroc qu’en Algérie. C’est pourquoi les migrant.e.s ont traversé la frontière. L’âge des voyageur.euse.s est également un fait notable. Beaucoup de migrant.e.s qui se retrouvent à demander de l’argent dans les rues sont des adolescent.e.s ou des enfants.

Les conditions d’accès au soin restent très mauvaises. La plupart des personnes qui demandent des services de santé rencontrent des problèmes en raison d’une mauvaise alimentation et de mauvaises conditions de vie, surtout après de longues périodes sur les routes. Beaucoup de femmes qui demandent une aide médicale le font également pour des situations de violences sexuelles.

Le 18 mai, deux personnes d’origine guinéenne sont mortes dans la tranchée qui sépare la frontière maroco-algérienne. La police a déclaré que les deux personnes étaient soupçonnées d’être impliquées dans la contrebande de haschisch et qu’elles sont mortes en fuyant la police. Malheureusement, il n’y a pas plus d’informations à ce jour.

3.5 The enclaves: Ceuta and Melilla 

Les chiffres officiels concernant les entrées “irrégulières” dans les enclaves espagnoles sont actuellement contestés. Selon les derniers chiffres du ministère de l’intérieur espagnol, entre le début de l’année 2020 et le 15 mai, 1 243 personnes sont entrées irrégulièrement dans les enclaves par voie terrestre, ce qui représente une baisse de 42 % par rapport aux 2 147 personnes entrées à la même période l’année dernière. Le ministère n’a enregistré aucune arrivée par mer à Melilla et seulement 45 entrées à Ceuta, soit une baisse de 77 %. Cependant, bien que les chiffres montrent le contraire, dans au moins un cas, deux personnes d’un groupe de quatre personnes ont réussi à nager jusqu’à Melilla et le porte-parole du gouvernement a récemment parlé de quelques arrivées par la mer. D’autre part, les entrées maritimes enregistrées à Ceuta correspondent en fait à des cas où des personnes embarquées à Ceuta en direction de la péninsule ont été ramenées par SM. Elles ne doivent donc pas être comptabilisées comme de nouvelles arrivées sur le territoire espagnol.

Néanmoins, la baisse drastique de l’ensemble des entrées doit être vu comme le produit des évolutions en cours dont nous avons déjà fait état et, en particulier, de la sécurisation et de la militarisation toujours plus importantes des deux côtés de la frontière. Bien que les militant.e.s signalent leur utilisation depuis des années, la Garde civile espagnole a reconnu, pour la première fois, publiquement l’utilisation de caméras thermiques par la Pafif (Patrouille des impôts et des frontières) dans la surveillance des frontières. À partir de la mi-mars 2020, les mesures visant à empêcher la propagation du Covid-19 ont non seulement conduit à la fermeture de tous les postes frontières jusqu’à la mi-juin, mais ont également été utilisées pour légitimer le programme de surveillance et pousser à une plus grande militarisation. Des militaires de différentes unités à Ceuta et Melilla ont commencé à patrouiller à la frontière pour la première fois depuis 2005 afin de renforcer la Guardia Civil. Depuis lors, des unités du GRS (Grupo Rural de Seguridad) sont responsables du contrôle de la clôture quotidiennement.

Pourtant, malgré ces énormes efforts pour contrôler et sécuriser la frontière, 126 personnes ont réussi à entrer dans les enclaves par voie terrestre depuis la fermeture de la frontière (107 à Melilla, 19 à Ceuta). Le 6 avril, le jour même où l’opération militaire a officiellement été lancée, lors d’une tentative collective de 260 personnes, 55 ont sauté la clôture à Melilla. Plusieurs personnes ont été emmenées à l’hôpital pour des fractures et  2 personnes ont été arrêtées. Trente-huit autres personnes ont été illégalement expulsées au Maroc. Du côté marocain, l’AMDH rapporte que de nombreuses personnes sont retournées dans les forêts voisines avec des blessures non soignées. Une autre tentative de franchissement de la clôture de Ceuta a été empêchée par la Guardia Civil espagnole. Le 21 mai, un mineur subsaharien avait déjà réussi à franchir le fil de fer de la lame de rasoir lorsqu’il a été refoulé et remis aux autorités marocaines. Nous condamnons, ainsi que 11 autres organisations espagnoles, le gouvernement pour cette “Devolucion en caliente” (expulsion à chaud) d’un mineur – ils agissent de manière brutale et illégale car ils violent la loi espagnole, la Convention européenne des droits de l’homme et l’art. 3 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant.

Le 13 mars, dans la nuit, le Maroc a complètement fermé ses frontières – même aux citoyens marocains qui se trouvaient à l’étranger. Dans le même temps, le gouvernement espagnol a pris des mesures pour empêcher la propagation du Covid-19. Cela a largement aggravé la situation, à la fois pour les voyageur.euse.s qui se sont retrouvé.e.s bloqué.e.s dans les enclaves, sans possibilité de rejoindre l’Europe continentale, mais également pour de nombreux.ses autres personnes, privé.e.s de la possibilité de poursuivre leur voyage vers le Maroc. Les personnes qui dorment dans les rues ou dans les zones portuaires, ainsi que les citoyen.ne.s marocain.e.s nouvellement arrivé.e.s et pris.es au piège, se retrouvent sans aucun soutien de l’État. Avec l’aide d’organisations solidaires ou de particuliers, d’associations de quartier et d’ONG, ils et elles ont trouvé refuge dans des mosquées ou ont été hébergé.e.s dans des garages, des entrepôts, des maisons privées ou des bâtiments industriels dans toute la ville. Plus tard, certains ont été transféré.e.s dans des logements d’urgence déjà surpeuplés ou dans des abris improvisés, comme des salles de sport et des camps. Actuellement, le Centro de Estancia Temporal de Inmigrantes (CETI) de Melilla, d’une capacité de 580 personnes, accueille environ 1 700 personnes, dont des enfants, des femmes et des LGBTQI+. Le centre pour mineur.e.s non accompagné.e.s de Melilla “La Purisima”, d’une capacité de 180 personnes, accueille environ 900 mineur.e.s. Comme c’est le cas dans le monde entier, durant cette pandémie de Covid-19, l’hébergement dans des centres ou des camps surpeuplés expose les migrants à un risque élevé d’infection. Il n’y a aucune possibilité de distanciation sociale et aucun accès aux masques. En outre, les files d’attente pour les installations sanitaires et l’approvisionnement en nourriture sont longues. Il n’y a souvent pas d’accès au Wifi, pas de possibilité de fuir des situations violentes ou abusives, et une prise en compte insuffisante des personnes en situation de stress psychologique, des différentes vulnérabilités ou des groupes à risque.

Un des groupes particulièrement vulnérables dans cette période de confinement sont les mineur.e.s non accompagné.e.s (MENA, Menores extranjeros no acompañados), dont une grande partie vit dans les rues et les ports et demandent l’asile dans les enclaves espagnoles. Au lendemain du confinement, les autorités espagnoles ont affirmé qu’elles “veilleraient à ce que les jeunes et les mineur.e.s migrant.e.s qui ne se trouvent pas dans le CETI ou dans les centres d’accueil de la ville soient confiné.e.s dans des lieux “pour leur propre protection et celle des autres”. Même en l’absence du Covid-19, les centres pour mineur.e.s non accompagné.e.s, “La Purisima” (Melilla) et “La Esperanza” (Ceuta), sont constamment surpeuplés. L’ONG RedMelilla a accusé le gouvernement de ne pas apporter son soutien, mettant ainsi plus de 900 mineur.e.s en danger d’infection. Bien que tardivement, certain.e.s mineur.e.s ont été transféré.e.s dans d’autres camps ou dans d’autres quartiers des deux villes. 200 MENA de “La Esperanza” devaient être logé.e.s provisoirement dans des tentes installées par les militaires, mais le camp a été détruit par une tempête – heureusement, personne n’y vivait encore. Malgré les risques évidents, la Comandancia General de Ceuta (COMGECEU) a déployé plusieurs militaires pour installer à nouveau ce camp instable. Au vu de ces mesures inadéquates pour assurer des conditions de vie sûres, le gouvernement a manifestement échoué dans ses efforts pour garantir aux MENA une “quarantaine dans les mêmes conditions que les autres citoyens”.

De manière générale, la réponse de l’État pour mettre fin aux conditions de vie inhumaines dans ces centres a été jusqu’à présent soit insuffisante, soit utilisée pour renforcer les politiques anti-migration. Au cours des deux derniers mois et demi, 329 personnes ont été autorisées à passer dans la péninsule. Bien que ce soit le plus grand transfert de ce type depuis des années, il a laissé derrière lui de nombreuses personnes dont le départ a été retardé de plusieurs mois, voire de plusieurs années. Cette situation arbitraire et discriminatoire a donné lieu à de nombreuses protestations et à une grève de la faim de 18 jours au CETI de Ceuta. Ces actions n’ont pas été reconnues par l’État et sont restées sans conséquences. Les promesses de reloger les gens en dehors des CETI ont à peine été tenues, tandis que les protestations contre les conditions de vie dans les CETI et les centres pour mineur.e.s non accompagné.e.s ont été sévèrement réprimées par la police. En outre, fin avril, le ministre de l’Intérieur de la Grande Marlaska a menacé d’expulser 600 voyageur.euse.s vers la Tunisie – ce qui serait clairement contraire à l’article 4 de la Convention européenne des droits de l’homme  contre les déportations collectives (comme l’ont affirmé de nombreuses organisations dans une lettre ouverte). Cela a entraîné des protestations et des grèves de la faim des voyageur.euse.s tunisien.ne.s, les grévistes se filmant en train de se coudre les lèvres pour souligner leur action.

Deux mois après la fermeture complète du Maroc, le 15 mai, le processus de rapatriement des citoyen.ne.s marocain.ne.s a commencé, mais seulement après qu’une femme bloquée à Melilla soit morte dans un des foyers de la ville. Les fonctionnaires marocains ont remis au gouvernement espagnol des listes de personnes autorisées à entrer au Maroc. La manière dont ces listes ont été établies reste très opaque. D’une part, certaines personnes qui attendent désespérément d’aller au Maroc n’y figurent pas, et d’autre part, les personnes qui ne veulent pas y retourner, espérant plutôt atteindre la péninsule, y figurent. Ils et elles craignent d’être expulsé.e.s contre leur gré. À l’heure où nous écrivons, les autorités espagnoles lancent des procédures d’expulsion forcée.

Néanmoins, tout au long de ces derniers mois, des centaines de personnes se sont mobilisées contre les conséquences racistes des réponses apportées face à la crise du Covid-19 et pour une pleine application du droit d’asile et de la liberté de circulation. Les stratégies utilisées comprennent des grèves de la faim, des lettres ouvertes, des campagnes (en ligne) exigeant la libération des personnes se trouvant encore dans les CIE et dans les CETI de Ceuta et Melilla, leur transfert vers la péninsule, la fermeture permanente de tous les camps/centres et l’interdiction définitive des expulsions (à chaud). De nombreuses organisations et personnes ont continué à agir en solidarité directe, en fournissant de la nourriture, des abris, des vêtements chauds, des couvertures et des premiers secours. Et, comme le montre le cas de quatre mineur.e.s marocain.ne.s qui sont entrés au Maroc à la nage, les gens continuent de contourner les frontières, d’une manière ou d’une autre.

“Pour surmonter cette crise sanitaire, nous devons faire face tou.te.s ensemble, dans des conditions égales !” Source : Twitter ( Miguel Urban)

4 Naufrages et personnes disparues

Le 2 mars, 26 personnes sont parties de Dakhla et sont portées disparues depuis. L’Alarm Phone n’a pas réussi à savoir ce qui est arrivé au bateau.

Le jeudi 12 mars, 8 personnes meurent dans un bateau qui transportait 47 personnes entre Asilah et Larache, sur la côte ouest du Maroc, comme le rapporte Caminando Fronteras.

Le jeudi 26 mars, un bateau avec 39 personnes à bord a chaviré au large de Dakhla. Seuls 3 survivant.e.s ont été sauvé.e.s. La plupart des victimes sont des ressortissant.e.s de Côte d’Ivoire.

Le vendredi 27 mars, 22 personnes se seraient noyées au large de Dakhla, alors que seules 7 personnes ont pu être sauvées par des bateaux de pêche. Une femme est morte peu après son arrivée sur le rivage.

Le lundi 30 mars, trois personnes d’un groupe de 16 voyageur.euse.s subsaharien.ne.s se sont noyé.e.s au large de Mostaganem, en Algérie.

Le vendredi 3 avril, un bateau transportant principalement des ressortissant.e.s guinéen.ne.s fait naufrage à 24 km au large de TanTan, en route vers les îles Canaries. Seules 21 personnes ont survécu. Deux corps ont été retrouvés et 43 personnes sont toujours portées disparues.

Le mercredi 15 avril, un corps, identifié plus tard comme étant celui du ressortissant égyptien Mohamed Youssef, s’échoue sur le rivage après avoir tenté de rejoindre Melilla.

 

 

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[1]  Vous pouvez consulter notre rapport: Struggles of women* on the move (Luttes des femmes* en exil): https://alarmphone.org/en/2020/04/08/struggles-of-women-on-the-move/

[2]  Voir la partie 2 sur les traversées maritimes dans le présent rapport.

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